POSITIF
POSITIF
REVUE MENSUELLE DE CINÉMA
DOSSIER
Bollywood et ses marges
Les nouvelles saisons du cinéma belge
Vincent Thabourey
Le cinéma belge ou la beauté de l’artisanat
Frédéric Sojcher
Élève libre
de Joachim Lafosse
Vincent Thabourey
Entretien avec Joachim Lafosse
Du creux s’est immiscé dans mon cinéma
Élise Domenach
Entretien avec Benoît Delépine
et Gustave Kervern
Des aventures donquichottesques
Fabien Baumann et Adrien Gombeaud
Entretien avec Yolande Moreau
On n’a rien à perdre
Yann Tobin
Actualité de Jean-Jacques Rousseau
Philippe Rouyer
ÉDITORIAL
La forme d’une connaissance
C’est l’un des traits les plus remarquables de l’amour du cinéma que d’avoir été cosmopolite. Certes, les puissances, gouvernements et Grandes Compagnies ont à l’occasion fait de leur mieux pour combattre cette atteinte à leur autorité. Mais les amateurs se sont toujours refusés à toute exclusive. Nous n’admirons pas assez que Mizoguchi et Kitano, Wajda et Wenders, Oliveira et Eisenstein soient aujourd’hui si célèbres un peu partout. Qui est aussi connu que Charlot ? On raconte qu’un jour où Saint-Saëns frappait à sa porte, Brahms, averti par sa gouvernante qu’un musicien français souhaitait le rencontrer, rétorqua qu’il n’y avait pas de musiciens français. Quel cinéaste, quel critique, quel cinéphile proférerait une sottise de ce genre ? Qu’il n’y a pas de cinéma anglais, par exemple.
Cette ouverture d’esprit tient à sans doute à la jeunesse de notre art. Nous ne sommes pas encore assez surchargés de chefs-d’œuvre pour que nos ignorances soient tolérables. On ne retire pas son estime à un honnête homme qui se pique de littérature sous prétexte qu’il n’a pas lu les Lusiades, l’Énéide ou les Affinités électives. Mais un critique de cinéma qui n’aurait pas vu l’Aurore, et qui ne le regretterait pas… L’obligation de déshérence, si moderne et si cruelle, ne nous impose pas encore l’oubli.
Il existe une autre raison à cet intérêt si répandu. Il tient à une forme d’universalité de l’image, à une facilité d’accès que ne partagent pas la littérature, la musique ni même les arts plastiques. Cela ne dépend pas de la ressemblance qui règne sur l’écran, mais de la surabondance de présences qui y prennent place. Cette matière propose une compréhension par les corps.
Or cette universalité est menacée. D’abord et depuis longtemps, par la simplification de l’image dont se rendent coupables la plupart des émissions de télévision, et, de manière plus générale, par la normalisation que cause ce média, véhicule d’une vision presque unique du monde, donc d’une ignorance presque parfaite du monde. Ensuite et depuis plus longtemps encore, partout où l’on évite les versions originales, où l’on se garde des importations, où l’on écrit l’histoire du cinéma en ne parlant que du cinéma national. Mais aussi, depuis un peu moins longtemps, par l’action de la distribution et de la réclame qui tolèrent mal plus d’un succès à la fois. Et enfin, depuis peu, par une politique anticulturelle qui rogne un peu partout, mais ici et maintenant, les crédits consacrés à l’éducation cinématographique et à la découverte d’œuvres que le commerce ne diffuse guère ou dont il masque l’originalité, si bien qu’il a fallu des années pour imposer l’idée qu’Eastwood est un grand auteur.
Que savions-nous de l’Inde avant les films ? Notre dossier invite à en enrichir la connaissance. Si nous voulons en savoir autre chose que des simplifications verbeuses, le cinéma nous est indispensable. À ce titre, il est le contraire de la langue commerciale, de la langue considérée comme outil de communication, c’est-à-dire instrument d’asservissement, de la langue qui serait, selon le mot ignoble d’un ministre, un « passeport pour l’emploi ». Comme le font en leur vérité poétique, littéraire et familière les langues, il ne se fait comprendre qu’en constituant un monde. Voilà pourquoi nous traversons ici l’Europe, du Nord à l’Italie en passant par la Hongrie.
Alain Masson
POSITIF 577 | MARS 2009

SOMMAIRE
L’ACTUALITÉ
Clint Eastwood
Gran Torino
Père et fils
Franck Kausch
Son nom est Clint Eastwood
Fabien Gaffez
Kornél Mundruczó
Delta
Un amour naturel
Alain Masson
Le sacré et le profane
Yannick Lemarié
Entretien avec Kornél Mundruczó
Pendant 25 minutes, ils n’ont pas dit un mot
Michel Ciment et Yann Tobin
Vincent Lindon
Welcome
Traverser l’hiver
Élise Domenach
Entretien avec Vincent Lindon
Les contraintes, ça m’aide
Philippe Rouyer et Yann Tobin
Gianni Di Gregorio
Le Déjeuner du 15 août
Comment peut-on être mâle vieilli ?
Paul Louis Thirard
Entretien avec Gianni Di Gregorio
La vie commence à soixante ans, sinon plus
Lorenzo Codelli
Les films
Tulpan
de Sergey Dvortsevoy
Pierre Eisenreich
24 City
de Jia Zhangke
Adrien Gombeaud
Un tir dans la tête
de Jaime Rosales
Vincent Thabourey
Bellamy
de Claude Chabrol
Jean A. Gili
Harvey Milk
de Gus Van Sant
Franck Kausch
Picnic
d’ Adrian Sitaru
Fabien Baumann
Notes sur les films de A à Z
Ah ! la libido ; Boy A ; Cocaine Cowboys ; Cyprien, Cœur d’encre ; Dernière Saison (Combalimon) ; Gloss ; La Guerre des Miss ; Je te mangerais ; Joy Division ; Last Chance for Love ; LOL (Laughing Out Loud) ® ; Marley & Moi ; Meilleures Ennemies ; Les Passagers ; Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles ; Le Temps des amoureuses ; Tony Manero ; 35 Rhums ; Un homme et son chien ; Un lac ; La Vague ; Les Violette ; Yes Man ; Z32
PRÉSENCES DU CINÉMA
Voix Off
Le cinéma et moi
Claudio Magris
Bloc Notes
Janvier en cinéma
Jean A. Gili
Chantier de réflexion
Scènes de la vie criminelle
Un regard sur le cinéma policier des pays nordiques
Pierre Charrel
Hommage
Harold Pinter 1930-2008
Orfèvre du silence
Jean-Loup Bourget
Claude Berri 1934-2009
Donner les cartes
Michel Ciment
Rétrospective
Une ménagerie en uniforme
Rétrospective Stroheim au musée d’Orsay
Vincent Amiel
Notes festivalières
Florence 2008
Budapest 2009
Nantes 2008
Oslo 2008
Notes de Lecture
Daniel
What Ever Happened to Orson Welles ?
A Portrait of an Independent Career ;
Orson Welles : Hello Americans ;
« Les Vampires » de Louis Feuillade ;
La Corse, les Corses et le Cinéma
Notre sélection DVD
Cérémonie secrète de Joseph Losey
Que le meilleur l’emporte de Franklin Schaffner
Kijû Yoshida
Le Grand Silence de Philip Gröning
Archie Shepp : Je suis jazz… c’est ma vie
de Frank Cassenti