POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 
 

DOSSIER


Henri-Georges Clouzot


Le savoir de la peur

Lorenzo Codelli


Miquette et sa mère

Un espace de comédie

Alain Masson


Le Mystère Picasso

De la tyrannie de la réalité, en peinture

à la litanie de la peinture, en réalité

Philippe Fauvel


Les Espions

Juste en faire trop

Vincent Casanova


Entretien avec Serge Bromberg

Un homme qui s’enferme dans son propre labyrinthe

Philippe Fauvel et Noël Herpe


L’héritage Clouzot

Christian Viviani



ÉDITORIAL


Clouzot, la Nouvelle Vague


Il peut sembler provocateur de consacrer un dossier à Henri-Georges Clouzot au moment où on célèbre, cinquante ans après, l’émergence de la Nouvelle Vague. Il est vrai que Clouzot en fut l’une des principales victimes, avec Clair, Carné, Clément, Duvivier et Autant-Lara. Il incarnait, selon les jeunes turcs qui allaient prendre d’assaut le cinéma hexagonal, cette « qualité française » tellement honnie, avec « ses scénarios rodés, ses acteurs confirmés, ses cinéastes d’expérience, ses studios obligés », comme l’écrit l’un des thuriféraires du mouvement, Antoine de Baecque, qui vient de proposer une nouvelle version richement illustrée de son livre La Nouvelle Vague, portrait d’une jeunesse (Flammarion). Or les grands maîtres du cinéma américain (Mankiewicz, Kazan, Wilder, Hitchcock) étaient incrédules quand ils voyaient leurs jeunes admirateurs attaquer cette idée de « qualité », à la base même de leur travail, et ce qu’elle impliquait (voir plus haut). Ils ne croyaient nullement les sornettes concernant, entre autres, Clouzot, estimé d’eux, à la différence d’un talentueux critique français à qui il fallut l’occasion des passionnantes rencontres organisées à Florence par Aldo Tassone pour découvrir avec émerveillement Quai des Orfèvres et Le Corbeau, qu’il s’était jusque-là abstenu de voir, obéissant aux diktats de sa famille critique ! Truffaut lui-même, une fois sa réussite confortée, changea de registre, écrivit des lettres d’estime aux réalisateurs qu’il avait brocardés, et déclara qu’il donnerait volontiers tous ses films pour Les Enfants du paradis de Carné et Prévert. Il est vrai que la canonisation de la Nouvelle Vague a eu des effets délétères sur l’appréciation du cinéma français, passé et présent. On se frotte les yeux en lisant un universitaire reconnu comme Antoine de Baecque, le plus prolifique et le plus inconditionnel des historiographes de cette école, qui va jusqu’à écrire, dans l’ouvrage cité plus haut : « La Nouvelle Vague fut le premier mouvement du cinéma à avoir ainsi stylisé, au présent, dans l’immédiateté de son histoire, le monde dans lequel vivaient ses contemporains. » Exit le néoréalisme italien Rome ville ouverte, Sciuscià, Paisà et Umberto D. ! De même, selon lui, les producteurs « auraient pris conscience de cette vérité : un film vaut ce que vaut celui qui le tourne ». Autre mythe que celui-là. La notion d’auteur n’a pas attendu la critique française des années 50 pour être validée. Dès les années 20, de Louis Delluc à La Revue du cinéma de Jean George Auriol, Chaplin, DeMille, Stroheim, Vidor, Sternberg, Murnau, Borzage, Lubitsch, Lang, Dreyer, Sjöström, Eisenstein, Gance et René Clair étaient considérés comme les maîtres d’œuvre de leurs films.

Il ne s’agit pas de nier l’importance considérable d’un événement au demeurant très complexe. Car au sein du renouveau du cinéma français, au tournant des années 60, coexistaient des groupes hétérogènes. Outre le noyau des anciens critiques des Cahiers du cinéma (Truffaut, Chabrol, Rohmer, Rivette, Godard), on rencontrait les cinéastes de la rive gauche, ainsi nommés pour les lieux où ils se retrouvaient et pour leur engagement politique (Resnais, Varda, Marker, Kast), et de fortes individualités comme Demy, Sautet, Franju, Deville, Malle ou Cavalier. Les contempteurs de Positif ont eu beau jeu de ranger cette revue, qui adopta toujours une attitude sélective, parmi les adversaires du mouvement. Si Godard, ainsi que Chabrol et Rohmer à leurs débuts, ne trouvaient pas grâce à ses yeux, elle accueillit avec ferveur la plupart des cinéastes ci-dessus évoqués, mais encore Les Quatre Cents Coups, Tirez sur le pianiste ou Paris nous appartient. Alain Masson, dans ce numéro, commente le cinéma de Michel Deville, rassemblé aujourd’hui en 4 coffrets DVD. Admiré par Rohmer et Godard, ses premiers films, Ce soir ou jamais et Adorable Monteuse, incarnaient au début des années 60, mieux que bien d’autres, l’esprit de la Nouvelle Vague à laquelle on omet aujourd’hui de l’associer : l’humour, la légèreté, la liberté et la grâce de la mise en scène, le goût des jolies femmes. Décidément, l’histoire du cinéma est toujours à revisiter, loin des clichés et des dogmes.

Michel Ciment

 

POSITIF 579 | Mai 2009



SOMMAIRE


ACTUALITÉ


Pedro Almodóvar


Étreintes brisées

Mirage de la vie

Franck Garbarz


Entretien avec Pedro Almodóvar

Filmer avec passion des personnages

d’une grande intensité

Michel Ciment et Philippe Rouyer


Musiciens de cinéma


Entretien avec Alexandre Desplat

Ma deuxième passion après la musique c’était le cinéma

Hubert Niogret


Entretien avec Nicola Piovani

S’exprimer sur la pointe des pieds

Jean A. Gili


Les films


Rachel se marie

de Jonathan Demme

Pierre Eisenreich


La Sicilienne

de Marco Amenta

Jean A. Gili


United Red Army

de Koji Wakamatsu

Adrien Gombeaud


Still Walking

de Hirokazu Kore-eda

Élise Domenach


Revanche

de Götz Spielmann

Michel Cieutat


Coco avant Chanel

d’Anne Fontaine

Eithne O’Neill


Notes sur les films

de A à Z


La Boîte de Pandore, Clara, Commis d’office, L’Enfant de Kaboul, L’Enfant-cheval, La Femme sans tête, Good Morning England, Happy Sweden, Humains et Mutants, L’Idiot, Inland, Je l’aimais, Katanga Business, El niño Pez, OSS 117, Rio ne répond plus, Le Pays à l’envers, The Pleasure of Being Robbed, Prédictions, La Première Étoile, Romaine par moins 30, La sangre brota, Le Secret de Lily Owens, Les 16 de Basse-Pointe, Le Sens de la vie pour 9,99 $, Sois sage, Synecdoche, New York, Témoin indésirable, Toute l’histoire de mes échecs sexuels, Un autre homme, Une nuit à New York, Un mariage de rêve, War, Inc.



PRÉSENCES DU CINÉMA


Voix off

Quentin Tarantino dialogue

avec James Toback


Bloc-notes

Mars en cinéma

Les cent premières années…

Élise Domenach


Chantier de réflexion

Le prix du gigantisme

Hubert Niogret


Hommage

Ennio De Concini 1923-2008

Adieu Homère

Geoffroy Caillet


Tullio Pinelli 1908-2009

Entre invention et inventivité

Jean A. Gili


Maurice Jarre 1924-2009

La légende du Lyonnais

Pierre Berthomieu


Notes festivalières


Cinéma du réel 2009

Regards de Russie, d’Allemagne, d’ailleurs…

Rotterdam 2009


Notes de lecture

The Decline of Sentiment.

American Film in the 1920 ;

Les Films de science-fiction ;

Guide pratique de la musique de film ;

Montage créatif et processus esthétique d’Eisenstein


Michel Deville

Michel Deville

Le Maître des coïncidences

Alain Masson


Notre sélection DVD

Le Malin, Au-dessous du volcan de John Huston

Macadam à deux voies de Monte Hellman


Ray Harryhausen

Francesco Rosi



CINÉMA RETROUVÉ


Sidney Lumet


À bout de course

L’art de la fugue

Franck Kausch


Entretien avec Sidney Lumet

Pas de faux mélodrame

Gavin Smith


Films


My Brother’s Wedding

de Charles Burnett

Éric Derobert


Gamperaliya, Changement au village

de Lester James Peries

Alain Masson


La Chine, Chung Kuo

de Michelangelo Antonioni

Lorenzo Codelli