POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 
 

DOSSIER


Chansons des films français


Nous n’avons plus rien à nous dire

René Clair, auteur et amateur de chansons

Noël Herpe


Souvent la chaleur d’un beau jour…

Renoir, la mort en chanté

Olivier Curchod


Les chansons de Julien Duvivier

Hubert Niogret


Eh bien, chantez maintenant !

Yann Tobin


Les chansons ne servent décidément à rien

Vincent Amiel


Mon-sieur l’Inspecteur, je sais tout ça par cœur

La chanson dans les films de Marcel Ophuls

Vincent Lowy


Chansons sous la neige

On connaît la chanson de Resnais

Floreal Peleato


Quelques usages, notamment de Rohmer

Alain Masson


Alain Souchon, mélancoliseur de pellicule

Grégory Valens



ÉDITORIAL


De l’inconvénient d’être reconnu


Les premiers commentaires de la presse institutionnelle sur la compétition officielle du festival de Cannes n’ont pas manqué, plus encore qu’à l’ordinaire, de regretter la présence de noms connus au détriment des découvertes. « Pour la véritable avventura, il faudra donc se ruer sur la sélection bis » (Libération), « le club des abonnés du festival » (Le Monde), « la fulgurante impression de déjà vu que suscite la révélation de cette supposée dream team annuelle du cinéma d’auteur mondial […], la liste B fait plutôt davantage envie que la liste A » (Les Inrockuptibles). Cet éditorial étant rédigé avant même que ne commence la manifestation cannoise, il faudra, bien sûr, comme nous le faisons chaque année, juger dans notre prochain numéro de la pertinence de tel ou tel choix, après avoir vu les films. Mais on peut d’ores et déjà, sous bénéfice d’inventaire, s’interroger sur cette recherche frénétique du nouveau (qui n’est souvent pas si nouveau que cela) et de la marge qui caractérise notre époque.

Cette offensive anti-establishment, outre qu’elle tend à vouloir rehausser, comme par le passé, la Quinzaine des réalisateurs, spécule par ailleurs sur une majorité écrasante de films qui n’ont pas été vus. Est-il bien certain que substituer La Terre de la folie de Luc Moullet aux Herbes folles d’Alain Resnais (absent de Cannes depuis vingt-neuf ans), Ne change rien de Pedro Costa à Étreintes brisées de Pedro Almodóvar, Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie à Vincere de Marco Bellocchio ou Here de Ho Tzu-Nyen à Bright Star de Jane Campion (de retour quinze ans après sa Palme d’or) donnerait à la compétition plus d’éclat ? Ne se rapprocherait-elle pas alors du festival de Locarno qu’Olivier Père (actuel délégué général de la Quinzaine des réalisateurs) s’apprête à diriger l’an prochain ? Quel paradoxe aussi que de féliciter ce dernier d’accueillir en ouverture de sa manifestation Tetro, le nouveau film de Francis Ford Coppola, un habitué s’il en est de la Croisette, à qui on a refusé l’accès à la compétition officielle, tout comme à Jim Jarmusch, Jacques Rivette et Bruno Dumont, autres noms familiers des annales cannoises ! Décisions courageuses, vu la célébrité des intéressés, même si elles devaient au final s’avérer non fondées.

Un sondage récent révélait que, pour la majorité des Français, l’égalité était plus importante que la liberté (le résultat eût été certainement inversé aux États-Unis). « Pourquoi pas nous ? » deviendrait un cri de ralliement auquel une certaine critique française ferait écho, pour rejeter toute idée de hiérarchie par un « Pourquoi pas lui ? ». Si tant de grands noms qui ont fait leurs preuves se retrouvent dans un festival majeur, c’est aussi parce qu’on attend avec impatience leur nouvelle production. Or le culte voué aux auteurs soi-disant maudits peut conduire à une injuste remise en cause des quelques rares artistes qui incarnent encore l’ambition dans le cinéma contemporain.

Un article récent de Jacques Mandelbaum dans Le Monde (15 avril 2009), journal de référence, sur la rétrospective consacrée à Luc Moullet par le Centre Pompidou, se présente ainsi comme un condensé du prêt-à-penser. Partant d’une amusante formule de Jean-Luc Godard (« Moullet, c’est Courteline revu et corrigé par Brecht »), l’auteur, qui ne saurait sans doute admettre que l’on soit reconnu très tôt si l’on est un véritable créateur, ajoute : « À ceci près que Courteline et Brecht ont quand même fini par se faire connaître d’un large public. » En vérité, ils ont été reconnus dès leurs débuts, Courteline comme un roi du Boulevard avec Le commissaire est bon enfant et Messieurs les Ronds-de-cuir, à la fin du XIXe siècle, et Brecht comme un des phares de la scène berlinoise dès l’âge de 23-24 ans, avec Tambours dans la nuit et Dans la jungle des villes, avant d’atteindre une gloire mondiale à 30 ans avec L’Opéra de quat’sous. « Ce n’est pas le cas de Luc Moullet, poursuit Mandelbaum, qui fait son cinéma depuis cinquante ans et dont rien n’indique qu’il aspire à adapter son esprit frondeur et son style décapant à la conquête de la notoriété. » Ainsi Moullet et Straub (version grave du précédent), avec le même public depuis des décennies, sont restés purs et durs, sans souci de la notoriété, à la différence de Courteline et de Brecht. De l’inconvénient d’être reconnu.


Michel Ciment

 

POSITIF 580 | Juin 2009



SOMMAIRE


ACTUALITÉ


Ken Loach


Looking for Eric

Le maillot reste rouge !

Fabien Baumann


Entretien avec Ken Loach

Ce film est un antidote

Grégory Valens



Henry Selick


Coraline

Vive la 3D !

Pierre Eisenreich


Entretien avec Henry Selick

Regarder la vie sous des angles différents

Michel Ciment et Yann Tobin



Les films


Ne te retourne pas

de Marina de Van

Nicolas Bauche


La Maison Nucingen

de Raoul Ruiz

Vincent Thabourey


Les Beaux Gosses

de Riad Sattouf

Eithne O’Neill


La Fenêtre

de Carlos Sorín

Dominique Martinez


Millénium, le film

de Niels Arden Oplev

Pierre Charrel



Notes sur les films

de A à Z

Amreeka, Anges & Démons, Boogie, Departures, Les Enfants invisibles, Fausta, L’Herbe du rat, Ils mourront tous sauf moi !, Incognito, Jaffa, Lascars, Lesbian Vampire Killers, Mariage à l’islandaise, The Other Man, Où est la main de l’homme sans tête, Passeur d’espoir, Petits Secrets, Que faire ?, Quelque chose à te dire, Sœur Sourire, Soul Power, Star Trek, Story of Jen, Sword of the Stranger, Totò qui vécut deux fois, Tous les hommes sont des romans, 1 journée



PRÉSENCES DU CINÉMA


Voix off

Conseils aux débutants

John Boorman


Bloc-notes

Avril en cinéma

Et déjà mai talonne avril

Alain Masson


Chantier de réflexion

Les affres de l’Amérique déchue

Retour sur The Wrestler

Christophe Lamoureux


Hommage

Jack Cardiff 1914-2009

Un maître du Technicolor

Jean-Pierre Berthomé


Jacques Tati

Jacques Tati, deux temps, trois mouvements

Vincent Amiel


Étaix dessine Tati

Stéphane Goudet


Notes festivalières

Clermont-Ferrand, Festival international du court métrage

Fribourg 2009, 24e édition

Istanbul 2009

Nyon 2009, Visions du réel


Notes de lecture

Dictionnaire du cinéma asiatique ;

Gus Van Sant ;

Otto Preminger, The Man Who Would Be King et The World and Its Double, The Life and Work of Otto Preminger ;

Un amour sans paroles


Notre sélection DVD


Route One, USA de Robert Kramer

Chasseurs de dragons de Guillaume Ivernel et Arthur Qwak


Bonnie & Clyde d’Arthur Penn

Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry


Luc Moullet

Intégrale Robert Guédiguian



CINÉMA RETROUVÉ


Kenji Mizoguchi

Mizoguchi après la guerre

Notes sur Femmes de la nuit

Mathieu Capel


James Whale

James Whale, l’éclair et le génie

Fabien Gaffez


Shirley Clarke

Regards caméra

Trois films de Shirley Clarke

Lætitia Mikles


Artavazd Pelechian

Artavazd Pelechian

Le montage révélé

Pascal Binétruy