POSITIF
POSITIF
REVUE MENSUELLE DE CINÉMA
DOSSIER
Folie et Cinéma
Un instant d’égarement
La révélation de la folie dans quelques films américains
Franck Kausch
Folie et sainteté
Floreal Peleato
Les vacillements du sujet
Psychoses cinématographiques
Philippe Ortoli
Nicholson, les abîmes de l’interprétation
Vincent Amiel
Ce dont on ne peut parler
il faut le taire… ou bien le filmer
Philippe Fraisse
Les vierges folles des années 60
Diane Arnaud
Roman Polanski
Maître de l’aliénation
Alexandre Tylski
Le Secret derrière la porte
ou l’art de la dissimulation
Claude Léger
Dans la tête de El,
dans la tête de Narcisse
Yannick Lemarié
Qu’est-ce qu’un souvenir ?
Soudain l’été dernier
Jean-Jacques Gorog
Jerry Lewis ou le masque de la folie
Michel Cieutat
Lilith ou le diamant fêlé
Michael Henry
Hamlet et King Kong
Masque de bouffon et représentation
de fantasmes dans Morgan
Eithne O’Neill
La femme désarticulée
La folie chez Jane Campion
Michel Chion
Le cas Pierre Rivière,
Un parricide au XIXe siècle
Pascal Binétruy
Deux espaces de la folie
Alain Masson
Batman Folies
Adrien Gombeaud
la « folie » au féminin
John Cassavetes et Gena Rowlands
Vannina Micheli-Rechtman
Titicut Follies
Asile, n. m., du grec asulon « inviolable »
Lætitia Mikles
Entretien avec Frederick Wiseman
Titicut Follies est une comédie musicale !
Fabien Baumann
Entretien avec Claude Chabrol
Où l’on ne s’apercevait de la folie
du personnage qu’à la dernière image
Franck Garbarz
ÉDITORIAL
Le printemps des patriarches
À la fin de La Tempête, l’ultime pièce de Shakespeare, Prospero renonce à la magie et abandonne sa baguette enchantée. Les commentateurs du barde ont identifié le protagoniste à son créateur qui, à 47 ans, faisait ses adieux au théâtre. Nous savons que nombre de metteurs en scène, par contrainte ou volontairement, ont cessé de tourner, Mackendrick à 47 ans, Richard Lester et Orson Welles à 59, Mankiewicz et Reisz à 63, Kazan à 67. Nous savons aussi que beaucoup d’auteurs ont connu le déclin, de Pabst à Carné, de Renoir à Rossellini, de Nicholas Ray à Dassin. Par contraste, quel bonheur de voir cette année jaillir des œuvres provocatrices, surprenantes, inventives, qui viennent de cinéastes à la verte vieillesse !
Ernst Jünger publia en 1980 le premier volume de ses journaux intimes sous le titre Soixante-dix s’efface. C’est au-delà de cette date clé, selon l’écrivain allemand, que des créateurs, parmi les plus grands du cinéma d’aujourd’hui, affirment la permanence de leur inspiration. Cela commença au festival de Berlin avec Singularités d’une jeune fille blonde (sortie en septembre) où Oliveira (100 ans), en soixante-trois minutes, nous livrait une de ses variations les plus brillantes sur l’art du récit. Andrzej Wajda (82 ans), dans Tatarak (sortie janvier 2010), renouait avec la mise en abyme déjà présente dans Tout est à vendre pour se livrer à une méditation sur la mort et le cinéma. Theo Angelopoulos (74 ans) élargissait le cadre de son univers avec La Poussière du temps, ample fresque sur la diaspora grecque qui navigue audacieusement dans le temps et dans l’espace.
En attendant les nouveaux films de Jacques Rivette (81 ans), 36 Vues du pic Saint-Loup (sortie septembre), et de Jean-Luc Godard (78 ans), Socialisme, la Nouvelle Vague, cinquante ans après sa naissance, réaffirmait sa présence au festival de Cannes avec Les Herbes folles (sortie novembre) d’Alain Resnais (87 ans), le plus court des films de la compétition, où la maîtrise souveraine de son auteur s’allie à un vent décoiffant de créativité, et Irène (sortie octobre), bouleversant portrait par Alain Cavalier (78 ans) de la femme aimée et disparue. Agnès Varda (80 ans), l’unique matriarche, et Claude Chabrol (79 ans) avaient récemment témoigné, la première avec son étincelant autoportrait Les Plages d’Agnès, le second avec le nouveau volet de sa comédie humaine, Bellamy, de la pérennité d’un mouvement toujours aussi vif-argent. C’est encore sur la Croisette que Bellocchio (70 ans) présentait une de ses œuvres majeures, Vincere, où les passions se mêlent à la politique, dans le registre opératique d’un Verdi.
Le cinéma américain n’était pas en reste. Après 7 h 58 ce samedi-là de Sidney Lumet (85 ans), Gran Torino de Clint Eastwood (79 ans) et Whatever Works de Woody Allen (74 ans) confirmaient la cohérence d’une œuvre, de plus en plus élégiaque chez l’un, de nouveau sarcastique chez l’autre.
Les vieux maîtres dans l’hiver de leur mécontentement (et non de leur vie créatrice) nous donnent une leçon de jeunesse et bousculent nos idées sur le cinéma. Cette sensation étrange que nous avons d’une familiarité avec leurs œuvres récentes parce que nous les fréquentons depuis des décennies n’empêche pas que nous soyons surpris face à leur renouvellement. De ce point de vue, le titre du dernier opus de Resnais, Les Herbes folles, résume à merveille ce sentiment de l’inattendu. Loin des terrains labourés et des jardins ratissés, c’est au contraire le caractère vivace et l’épanouissement de ces fleurs tardives et sauvages qui nous enchantent.
Le cinéma est un art si souvent associé à la jeunesse (nouvelle vague, nouvelles technologies, nouveau naturel) qu’il peut surprendre que les films des anciens expriment aussi fortement la révolte, la fantaisie, l’insouciance, l’imagination. Ignorant le conflit générationnel, ils lancent pourtant un vrai défi aux nouveaux créateurs, chargés plus que jamais de nous étonner.
Michel Ciment
POSITIF 581-582 | Juillet-Août 2009

SOMMAIRE
ACTUALITÉ
Cannes 2009
Cannes, 62e édition
Michel Ciment
CANNES - Notes sur les films
Michael Mann
Public Enemies
Le sens des proportions
Christian Viviani
Entretien avec Michael Mann
Quand la mort était le seul horizon
Michael Henry
LES FILMS
Whatever Works
de Woody Allen
Fabien Baumann
Girlfriend Experience
de Steven Soderbergh
Nicolas Bauche
Bronson
de Nicolas Winding Refn
Philippe Rouyer
Vengeance
de Johnnie To
Adrien Gombeaud
Bancs publics (Versailles Rive-droite)
de Bruno Podalydès
Eithne O’Neill
Marching Band
de Claude Miller, Helena Cotinier,
Pierre-Nicolas Durand
Pierre Eisenreich
The Time That Remains
d’Elia Suleiman
Vincent Thabourey
Towelhead
d’Alan Ball
Franck Garbarz
Là-haut
de Peter Docter et Bob Peterson
Hubert Niogret
NOTES SUR LES FILMS
DE A À Z
Adieu Gary, Amorosa Soledad, L’Anniversaire de Leila, Antichrist, Après l’océan, Black, Ce cher mois d’août, Demain dès l’aube, Fais-moi plaisir !, Le Grand Chef, Grido, Le Hérisson, Home, J’ai tué ma mère, Jeux de pouvoir, Jusqu’en enfer, Little New York, Parque vía, Partir, Le Roi de l’évasion, Somers Town, Tricheuse, Une semaine sur deux, Very Bad Trip, The Women
PRÉSENCES
DU CINÉMA
Voix off
Le premier choix
Barry Gifford
Bloc-notes
Mai en cinéma
Yes we Cannes !
Jean-Loup Bourget
Chantier de réflexion
Tokyo tangible : concrète solitude
La mégapole
dans le cinéma japonais contemporain
Benjamin Thomas
Notes festivalières
Perpignan 2009, Made in USA
Jeonju 2009, International Film Festival
Notes de lecture
La vie passera comme un rêve ;
Amos Gitai : Genèses
Notre sélection DVD
Dossier secret d’Orson Welles
Rites d’amour et de mort de Yukio Mishima
Les Aventures du prince Ahmed de Lotte Reiniger
et Notre-Dame de Paris de Wallace Worsley