POSITIF
POSITIF
REVUE MENSUELLE DE CINÉMA
DOSSIER
Josef von Sternberg
Josef von Sternberg,
entre Shanghai et Gomorrhe
Michael Henry
Froideur et précision de la beauté
Quatre films muets
Vincent Amiel
Josef von Sternberg,
directeur de la photographie
Hubert Niogret
Lady in Satin
Sternberg, Marlene et le costume
Franck Kausch
Sternberg et Laughton
Le naufrage de I, Claudius
Jean-Pierre Berthomé
Eléments pour l’élargissement irrationnel d’un film
Shanghai Gesture
Jean Schuster
Le chemin de l’art cinématographique absolu
Josef von Sternberg
ÉDITORIAL
L’intime et le public
Fictifs ou non, la lettre et le journal intime ne s’adressent qu’à un lecteur à la fois. En peinture la scène de genre ne représente qu’un instant et ne sera regardée au même moment que par un petit nombre de spectateurs. Longtemps l’expression et la réception de l’intimité auront obéi à une bienséante symétrie. Ce ne fut pas toujours le cas : la lecture à haute voix devant un large auditoire a pu déclamer des Confessions, des poèmes sentimentaux, des liturgies secrètes ; on s’assemblait pour admirer la prose de Mme de Sévigné. Mais la séparation du public et du privé allait achever sa tâche au XIXe siècle. Par hasard, notre sommaire encourage à remarquer que le cinéma présente à cet égard une configuration paradoxale.
Personne ne peut regarder les films de Sternberg en affectant d’ignorer quels liens l’unissaient à Marlene Dietrich, qu’elle y figure ou non. Alain Cavalier n’a pas ménagé ses confidences. Michael Haneke, dit-on, lie la scène familiale à l’histoire politique, ou en tout cas à la vie sociale tout entière, mais il n’en peint pas moins des individus.
D’autre part la salle de cinéma rassemble des foules sans jamais les constituer en groupes. La projection exige des ténèbres qui n’ont pas toujours régné au théâtre. Cela favorise une relation très personnelle, muette, interdite avec les gens qui s’agitent sur l’écran et un rapport très incertain, beaucoup moins communautaire qu’ailleurs, avec l’ensemble de l’auditoire.
Pour achever le paradoxe : dans les films, l’expression des personnages se voit limitée par l’ennui qu’entraînent les tirades, le monologue paraît conventionnel, le soliloque lui-même, si fréquent dans la réalité quotidienne, n’est guère employé et tout lyrisme sera jugé artificiel.
On décrira donc la vie sentimentale du spectateur comme une rencontre extrêmement intime avec des personnes prodigieusement réservées que chacun fait en secret au milieu d’un vaste public. L’intérêt que les théoriciens des années 1920 manifestaient pour le gros plan repose sur cet extraordinaire rapprochement entre un regard qui ne doit jamais répondre de rien et un visage qui ne se doute de rien. Le caractère public de la projection assure à la fois une forme de contrôle des émotions et une incitation, également vague, à s’y livrer. On a souvent traité le cinéphile de voyeur : non ! le voyeur est seul, sa présence n’est connue de personne ; le spectateur n’est pas passé inaperçu, au moins de la caissière, et c’est en toute bonne conscience qu’il larmoie, ricane, jouit de son trouble sensuel ou sadique : les silhouettes humaines qui l’entourent dans la pénombre suffisent souvent à l’empêcher de nourrir les soupçons qu’il pourrait concevoir sur lui-même. En tout cas, il doit admettre que ce qu’il voit n’a rien d’insupportable.
Si le cinéma devait cesser d’être la projection publique de films, il y perdrait sans doute de sa liberté, le spectacle de salon appartenant au cercle de famille, mais il ruinerait aussi cette singulière tolérance d’autrui et de soi-même, dont la signification politique n’est pas négligeable. En présentant sans fausse pudeur l’intime hors du domaine privé, l’art de l’écran fait entrer toutes les formes corporelles de relation dans la vision sociale.
Alain Masson
POSITIF 584 | Octobre 2009

SOMMAIRE
ACTUALITÉ
Alain Cavalier
Irène
Tombeau pour Eurydice
Franck Kausch
Entretien avec Alain Cavalier
Je filme ce que je pourrais tenir dans mes bras
Élise Domenach
Michael Haneke
Le Ruban blanc
Dans un miroir, obscurément
Jean-Loup Bourget
Entretien avec Michael Haneke
Le plus insupportable, c’est la violence mentale
Michel Cieutat et Philippe Rouyer
Park Chan-wook
Thirst, ceci est mon sang…
La nuit leur appartient
Philippe Rouyer
Entretien avec Park Chan-wook
Un changement de perspective
Hubert Niogret
Les films
The Informant !
de Steven Soderbergh
Nicolas Bauche
Démineurs
de Kathryn Bigelow
Fabien Baumann
Winnipeg mon amour
de Guy Maddin
Vincent Thabourey
Mademoiselle Chambon
de Stéphane Brizé
Jean A. Gili
Katalin Varga
de Peter Strickland
Adrien Gombeaud
La Nana
de Sebastián Silva
Matthieu Darras
La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris
de Frederick Wiseman
Lætitia Mikles
District 9
de Neill Blomkamp
Lorenzo Codelli
Mary et Max
d’Adam Elliot
Eithne O’Neill
Numéro 9
de Shane Acker
Yannick Lemarié
Notes sur les films
de A à Z
L’Amour caché, À propos d’Elly…, L’Attaque du métro 123, Au voleur, 500 Jours ensemble, Le Dernier pour la route, The Descent : Part 2, Funny People, L’important c’est de rester vivant, L’Investigateur, Léger Tremblement du paysage, Liverpool, London River, Mères et Filles, Midnight Meat Train, Milarépa, La Naissance du dragon, Neuilly sa mère !, Portrait de groupe avec enfants et motocyclettes, La Proposition, Rien de personnel, Sita chante le blues, Ultimate Game, Une jeunesse israélienne, La vida loca, Vivre !
PRÉSENCES
DU CINÉMA
Voix off
La chasse aux rêves
Jerzy Skolimowski
Bloc-notes
Juillet et août en cinéma
I coulda been a Contender
Jean-Christophe Ferrari
Chantier de réflexion
Hantises
La folie dans la cité
Sylvie Rollet
Hiroshima mon amour
Notes sur Hiroshima mon amour
d’Alain Resnais
Philippe Lacoue-Labarthe
Tu n’as rien vu à Hiroshima
de Marie-Christine de Navacelle
François Thomas
Hommages
Budd Schulberg 1914-2009
Un esprit aventureux
Christian Viviani
Karl Malden 1912-2009
De l’Actors Studio aux rues de San Francisco
Christophe Damour
Notes festivalières
Bologne 2009, Il cinema ritrovato
Granada 2009, Cines del Sur
Lima 2009, 13e Rencontre latino-américaine
Locarno 2009, 62e Festival international
Wroclaw 2009
Notes de lecture
Archives secrètes du cinéma français (1945-1975) ;
Ever, Dirk. The Bogarde Letters ;
Émile Cohl : l’inventeur du dessin animé ;
Conquête de l’inutile et Manuel de survie
Notre sélection DVD
Mondovino, la série
Georges Méliès, le premier magicien du cinéma
Chronique des morts vivants de George A. Romero
Collection Mary Pickford
QUIZ SPÉCIAL HORS-SÉRIE PLAGES - TOUTES LES RÉPONSES !