POSITIF
POSITIF
REVUE MENSUELLE DE CINÉMA
DOSSIER
Le son aujourd'hui
De la globalisation à la fragmentation
Hubert Niogret
Entretien avec Pierre Gamet
L'émotion du son direct
Hubert Niogret
Leçon de son avec François Groult
et Alexandre Widmer
Yann Tobin
L'imaginaire des textures sonores :
à propos du cinéma d'Oliver Stone
Pierre Eisenreich
Entretien avec Dominique Hennequin
Le mixeur est le premier spectateur du film
Hubert Niogret
Silence ! Silence ?
Yannick Lemarié
ÉDITORIAL
À qui la faute (de goût) ?
Le goût classe, disait Bourdieu, et classe celui qui classe. La passion de la liste a ceci de commun avec la névrose obsessionnelle qu’elle s’offre à une mise en abyme infinie, dupliquée dans son propre miroir. Aussi, après le temps des concours électifs que revues et cinéphiles se sont plus à dresser sur la décennie 2000, on pouvait craindre celui des palmarès de palmarès, des listes de la meilleure liste. Or comparer des jugements, c’est établir la valeur (esthétique, donc morale) de ce qui dessine les contours sinueux d’un goût. Cela n’a pas manqué, et cet exercice aussi absurde que ludique, auquel Positif s’est prêté avec une gourmandise lucide, a fait l’objet, dans Les Inrockuptibles, du même exercice consistant à trier les goûts et à tirer (donner ?) des leçons. Verdict net : une fois n’est pas coutume, la liste Positif est opposée à celles des Cahiers du cinéma et de Film Comment comme le classique au moderne, le triomphe du contenu à l’aventure de la forme, le confort replet du conservatisme somnolent et prudhommesque à l’audace du bretteur.
On ne discutera pas la confrontation de goûts : s’il n’était question que de cela, le souverain arbitraire de chacun s’imposerait avec la sérénité autiste de l’oukase. On ne discutera pas non plus la manière dont est dressé le procès-verbal du débat, l’instruction se révélant assez accommodante avec les pièces : les rédactions s’accordent bien davantage (sur Lynch, Malick, mais également Van Sant, Kechiche, Cronenberg) que ce qui est affirmé, et si Jia Zhangke est le champion de Film Comment, Still Life arrive cinquième dans la liste de Positif. Enfin, citer une seule revue américaine s’appuyant sur une centaine de cinéphiles comme le précipité irréfutable d’un goût international (horribile dictu) relève d’un sens de l’universel dont les applications politiques laissent songeur. Bref, on ne défendra pas la liste publiée ici, car elle a l’impératif du fait et résulte d’un partage de préférences dont l’amplitude dit la vitalité.
On discutera par contre les bases esthétiques qui nous semblent présider à cette évaluation des justes. Car enfin, qui peut encore croire à cette scission de l’engagement artistique entre classique et moderne ? Musil est-il moins moderne que Joyce, parce que chez lui le contenu primerait la forme ? Surtout si on définit le moderne comme une idée où « la forme traduit une pensée », car, s’il est bien, depuis Nietzsche puis Benjamin ou Deleuze, un réquisit de la modernité en art, c’est que la forme produit de la pensée, c’est pourquoi elle est l’authentique contenu de l’œuvre. Isoler la forme comme un habit surajouté et disjoint, cela revient à tirer les films soutenus (comme The Host, défendu ici) vers une version prétentieuse et fétichiste d’Art pour l’art, qui n’est rien d’autre qu’une capitulation devant la négation de l’art (ici l’autocratie de la pacotille publicitaire et la machinerie de l’entertainment). Dans le fond, on mélange ici contemporain et moderniste, slogan fatigué de l’inappétence, dans lequel on prend la surenchère quantitative pour l’évidence d’un nouveau commencement. Le moderne n’est tel que s’il échappe à la volonté de faire jurisprudence et débouche sur l’image d’un monde repensé. Face au spectre d’un cinéma dégagé, désengagé, Positif vote pour un geste plus incarné, engagé, où forme et contenu participent d’une même expérience (de Resnais à Wong Kar-wai), où l’utopie n’est que l’épopée de demain.
Enfin, la modernité, c’est aussi ce qui rend impatient de l’avenir. Après avoir couronné Le Nouveau Monde, qui défie quiconque de dire s’il est classique ou moderne, qu’on nous permette, dans la continuité, de trembler d’appétit et de fièvre devant la promesse du prochain film de Malick, Tree of Life, annoncé à Cannes.
Franck Kausch
POSITIF 589 | Mars 2010

SOMMAIRE
L’ACTUALITÉ
Takeshi Kitano
Achille et la tortue
Peindre à plus soif
Eithne O'Neill
La théorie en pratique
Benjamin Thomas
Quelques principes éducatifs
Takeshi Kitano
Kitano par Kitano
Autoportrait en marionnettiste
Adrien Gombeaud
Nicolas Winding Refn
Le Guerrier silencieux
Mystique du Viking
Philippe Rouyer
Déjà un maître du cinéma européen
Pierre Eisenreich
Entretien avec Nicolas Winding Refn
Ce qu'il y avait dans le cercueil
Adrien Gombeaud et Hubert Niogret
Martin Scorsese
Shutter Island
Île, mon île
Franck Kausch
Leo l'infiltré
DiCaprio chez Scorsese
Hélène Valmary
Les films
The Ghost Writer
de Roman Polanski
Pierre Eisenreich
Chloe
d'Atom Egoyan
Yann Tobin
La Tisseuse
de Wang Quan'an
Nicolas Bauche
White Material
de Claire Simon
Jean A. Gili
Liberté
de Tony Gatlif
Vincent Thabourey
A Single Man
de Tom Ford
Franck Garbarz
Notes sur les films de A à Z
L’Absence, Ajami, Amer, Anvil, L’Arbre et la forêt, L’Arnacœur, La Belle Vie, Black Dynamite, Les Barons, C’est parti, Chaque jour est une fête, La Corne d'abondance, Crazy Heart, Disgrace, Eastern Plays, The Good Heart, Harragas, Ilusiones opticas, Ivul, Le Livre d’Éli, Nine, Où sont passés les Morgan ?, Precious, La Rafle, The Rebirth, La Régate, La Reine des pommes, Le Rêve italien, La Robe du soir, Sherlock Holmes, Soul Kitchen, La Stratégie du choc, Le temps de la kermesse est terminé, Thérapie de couples, White Lightnin’.
PRÉSENCES
DU CINÉMA
Voix off
La traversée de l'oubli
Hnri Langlois
Bloc-notes
Janvier en cinéma
Nicolas Bauche
Chantier de réflexion
Casanova et Don Juan (sur Federico Fellini et Lars von Trier)
Gérald Morin
Kinojudaica
Thématique juive dans le cinéma russe et soviétique
Hommages
Éric Rohmer (1920-2010)
Jennifer Jones (1919-2010)
Jean Simmons (1929-2010)
Notes festivalières
Cinéma allemand
Belfort 2009
Thessalonique 2009
Regards de Russie 2009
Arras 2009
Notes de lecture
Visconti ; Visconti. Une vie exposée ;
Les Amoureuses. Voyage au bout de la féminité ;
Fritz Lang, Ladykiller ;
Terror and Joy : The Films of Dusan Makavejev
Notre sélection DVD
Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés
de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
La Vie moderne
de Raymond Depardon
Be Happy
de Mike Leigh
Les Anges de l'enfer
de Howard Hughes
Laura d'Otto Preminger
et L'Héritière de William Wyler
Tarzan l'homme singe de Woody Van Dyke
et Tarzan s'évade de Richard Thorpe
CINÉMA
RETROUVÉ
Extérieur, nuit
de Jacques Bral
Jean-Dominique Nuttens