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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

Acteurs français : de la scène à l’écran


Aller-retour

Des acteurs devant un choix

Christian Viviani


Gaby Morlay, ou le théâtre incarné

Noël Herpe


Gérard Philipe, comédien charnière

Michel Cieutat


La femme et le pantin

Le jeu théâtral de Catherine Hessling chez Jean Renoir

Christophe Damour


Entretien avec Michel Bouquet

Jouer la comédie, ça ne s’apprend pas

Dominique Rabourdin


Entretien avec Denis Podalydès

Le roman d’un acteur

Arthur Dreyfus et Karim Ghiyati


Entretien avec Marina Hands

Au cinéma, on apprend en faisant

Fabien Baumann et Yann Tobin


Entretien avec François Florent

Chacun est singulier

Christophe Damour et Christian Viviani




ÉDITORIAL

Une exception française ?


Plus que jamais, les organismes officiels et les acteurs majeurs de la profession se sont rengorgés à la vue des recettes que le cinéma engrange depuis quelques semaines. Au 7 avril, sur le territoire français, Avatar avait rassemblé 14 619 495 spectateurs. Shutter Island, en six semaines, attirait 2 942 952 clients, La Rafle, 2 470 620 en quatre semaines, L’Arnacœur, 2 292 796 en trois, Alice au pays des merveilles, 2 712 354 en deux. Dans le seul premier trimestre, on compte 55 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 10 à 12 % d’augmentation par rapport à l’année précédente. Mais, si on considère le tableau des Top 40 publié par Le Film français (9 avril 2010), les perspectives sont moins exaltantes. Les films présents sur la liste sont tous anglo-saxons ou français, excepté cinq titres : deux allemands (Soul Kitchen, La Révélation), un espagnol (Manolete), et deux asiatiques en queue de peloton (Dream du Coréen Kim Ki-duk avec 10 207 entrées en deux semaines ; Achille et la tortue du Japonais Takeshi Kitano avec 28 202 entrées en quatre semaines). L’écart se creuse de plus en plus entre quelques titres au succès spectaculaire et bon nombre de films d’auteur qui peinent à trouver leur public. Tatarak de Wajda n’a eu que 7 000 visiteurs en une semaine, et Le Neuvième Jour de Volker Schlöndorff est sorti directement en DVD. Quant à La Poussière du temps de Theo Angelopoulos, avec (excusez du peu) Willem Dafoe, Bruno Ganz, Irène Jacob et Michel Piccoli, il n’est toujours pas sur nos écrans plus d’un an après sa présentation au festival de Berlin.

Certes l’Hexagone reste privilégié par rapport à la plupart des autres pays, mais le public y semble moins friand de diversité et moins curieux d’œuvres rares. Tous les distributeurs s’accordent à observer qu’un film d’auteur qui attirait il y a dix ans 150 000 spectateurs n’en rassemble plus aujourd’hui que 50 000. Il y a sans doute à cela plusieurs explications : le cinéma n’est plus au centre de la vie culturelle comme il le fut dans les années 60 ; on a laissé dépérir le dense réseau des ciné-clubs appartenant à des fédérations actives et cinéphiles qui formait, jusque dans chaque lycée, les goûts des adolescents pour des mets variés ; la télévision, qui programmait dans les années 70 des films étrangers de diverses nationalités, a abandonné son rôle formateur au profit des séries, des téléfilms et des talk-shows, considerant le film de cinéma comme un produit secondaire ; la critique, enfin, a perdu son caractère prescriptif (un article de Bory dans Le Nouvel Observateur ou de Baroncelli dans Le Monde pouvait entraîner quelques dizaines de milliers de spectateurs dans les salles) alors que, devant l’avalanche des sorties (plus d’une soixantaine par mois), le public a surtout besoin de repères.

De même que Pascale Ferran s’inquiétait des dangers qui guettaient les films du milieu, on peut craindre que les distributeurs de taille moyenne, qui ont tant contribué à faire connaître des réalisateurs de talent, rencontrent de graves difficultés pour continuer leur travail de défrichage. Quant aux meilleurs des exploitants d’art et essai qui travaillent à fidéliser leur public en offrant un maillage de salles sans doute unique au monde, ils vont affronter des frais supplémentaires avec le passage au numérique et la nécessité de renouveler régulièrement un équipement coûteux.

Jamais la production mainstream n’a été aussi puissante et populaire, comme le montre Frédéric Martel dans son ouvrage homonyme (Flammarion), et là encore les États-Unis donnent le ton. Le cinéma emprunte le chemin qu’a connu l’industrie du livre avec les conglomérats qui regroupent plusieurs maisons d’édition, et les chaînes mégastores qui privilégient les best-sellers et négligent les petits éditeurs. Ce sont les librairies indépendantes qui jouent le rôle des salles d’art et essai pour orienter les lecteurs dans une production surabondante. En remplaçant terme à terme livre par film, on peut craindre que les propos d’André Shiffrin-Cassandre dans son stimulant essai L’Argent et les Mots (La Fabrique) n’illustre le futur possible de la production cinématographique : « J’ai dit un jour en plaisantant que l’on était passé de l’infanticide, en laissant tomber les nouveaux titres sans grand espoir de vendre, à l’avortement en dénonçant les contrats de livres existants qui n’étaient plus considérés comme financièrement valables. Aujourd’hui, on en est à la contraception : on fait en sorte que de tels titres n’entrent plus du tout dans le processus de production. »

La recherche effrénée des énormes profits immédiats qui caractérise actuellement les grands groupes – alors qu’un film doit pouvoir s’installer dans la durée – est le danger le plus grand pour l’avenir de ce que certains considèrent encore comme un art.

Michel Ciment

POSITIF 591 | Mai 2010


SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ



Todd Solondz


Life During Wartime

Violence des échanges en milieu tempéré

Nicolas Bauche


Entretien avec Todd Solondz

Pour moi comédie et pathos sont liés

Michel Ciment


Brillante Mendoza


Lola

La grande ville à tout petits pas

Vincent Amiel


Entretien avec Brillante Mendoza

Je ne cherche pas mes histoires, elles sont à ma porte

Max Tessier


Terrence Malick


Les voix sauvages de Terrence Malick

Philippe Fraisse


Au sujet de Badlands

Terrence Malick


Entretien avec Stanley Cavell

Les voix off féminines et le silence de Terry

Élise Domenach


The New World the Extended Cut

Extension d’un chef-d’œuvre

Pierre Eisenreich


Les films


POLICE, adjectif.

de Corneliu Porumboiu

Vincent Thabourey


Copie conforme

d’Abbas Kiarostami

Franck Kausch


Les Femmes de mes amis

de Hong Sangsoo

Hubert Niogret


L’Épine dans le cœur

de Michel Gondry

Adrien Gombeaud


Notes sur les films de A à Z


Adieu Falkenberg, Âmes en stock, Cavaliers seuls, Cher John, La Chine est encore loin, Crazy Night, Dan et Aaron, Dans ses yeux, Don Giovanni, naissance d’un opéra, L’Élite de Brooklyn, L’Encerclement, Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…, Enter the Void, État d’élue, Femmes du Caire, Fleur du désert, Greenberg, Helen, autopsie d’une disparition, Henry, L’Immortel, Independencia, Lignes de front, London Nights, Manolete, New York, I Love You, Remember Me, Teza, Youssou Ndour : I Bring What I Love



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off

Mon Keats à moi

Jane Campion


Bloc-notes

Un mars dingue

Grégory Valens


Chantier de réflexion

Rebatet dans la Pléiade ?

Jean-Loup Bourget


Hommage

Robin Wood 1931-2009

Un gentleman anglais

Mark Le Fanu


Piero De Bernardi 1926-2010

Toutes les nuances de la comédie

Geoffroy Caillet


Notes festivalières

Deauville 2010, festival du film asiatique

Rennes 2010, Travelling

Toulouse 2010, cinéma latino-américain


Notes de lecture

Contre-culture et cinéma : Dennis Hopper à l’œuvre ;

Piges choisies (de Griffith à,Ellroy) et Notre Alpin quotidien ;

Le Péplum ; Un Belge à Cinecittà ;

Qu’est-ce qu’une star aujourd’hui ?


Notre sélection DVD

Alekan le Magnifique

Étranges Étrangers


Riccardo Freda et Mario Bava


Serguei M. Eisenstein

L’Expédition de Satyajit Ray



CINÉMA

RETROUVÉ


Robert Siodmak

Poétique de l’éclat

Robert Siodmak, un auteur à Hollywood

Serge Chauvin