POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

Rohmer, l’art du naturel


Shakespeare à l’écran

Hamlet d’Olivier, Macbeth de Welles

Éric Rohmer


Pourquoi avons-nous tant aimé Rohmer

Vincent Amiel


Le charme, Rohmer et la pérennité

Yann Tobin


Le monde tel qu’il se dit

Éric Rohmer et la littérature

Yannick Lemarié


L’éviction du cinéma,

ou le mystère d’un tabou

Violaine Carminade de Schuytter


La direction d’acteurs

Maîtriser l’improvisation

Gilles Mouëllic


Rohmer et se collaborateurs

Entretiens avec Diane Baratier et Antoine Fontaine

Priska Morrissey


Un peintre de quatre-vingt-neuf ans

Le testament du professeur Schérer

Olivier Curchod



ÉDITORIAL

Du trottoir à la vieille fille


Posons cela comme un axiome : les grands cinéastes se sont moins trompés dans l’exercice de leur art que la critique ou le public dans l’estimation de leurs films. Tant d’œuvres majeures, de La Prisonnière du désert aux Oiseaux, de Belle de Jour à Gertrud, de Shining à Je t’aime je t’aime, se sont vu dédaignées par les aristarques (y compris dans ces colonnes) pour être ensuite réhabilitées et redécouvertes dans la lueur aveuglante de leur beauté, que cette proposition peut être difficilement contestée.

Un événement récent vient apporter de l’eau à notre moulin. Les éditions Sonatine ont rendu accessible, en français, un choix de critiques de Pauline Kael, la célèbre chroniqueuse du New Yorker. L’accueil dithyrambique que la presse hexagonale a réservé à ces deux ouvrages (sur le cinéma américain et le cinéma européen) nous semble relever d’un double masochisme. Pauline Kael a un tel talent pour analyser les composantes d’un film, du jeu des comédiens à la lumière, du montage à l’écriture du scénario et à la mise en scène proprement dite, qu’il est bien peu de ses thuriféraires d’aujourd’hui qui arrivent même à la cheville de ses analyses, tant il est vrai que la plupart des recensions contemporaines se consacrent pour l’essentiel à l’intrigue, saupoudrées de quelques commentaires annexes. Mais Kael, par ailleurs, met souvent ses qualités considérables au service de démolitions en règle de films que ses laudateurs considèrent comme admirables. Deuxième exercice auto-punitif !

On lira ainsi les exécutions sauvages de L’Année dernière à Marienbad, Stavisky et Providence, de La dolce vita, Satyricon et Fellini Roma, de La Notte, Le Désert rouge et Blow Up, de Persona et de L’Heure du loup, pour nous en tenir à Resnais, Fellini, Antonioni et Bergman, sans parler de Faces, Husbands, Jeremiah Johnson, La Balade sauvage, Barry Lyndon, Shining ou Raging Bull. L’ascension de Pauline Kael s’est déroulée dans les années 60, une décennie avant que Christopher Lasch analyse dans un essai remarquable (La Culture du narcissisme) ce qui n’a cessé, depuis, de s’identifier avec l’époque moderne. La critique américaine, quels que soient la finesse et le brio de ses analyses, a porté à son plus haut degré le critère de la subjectivité, et ses jugements relèvent en fin de compte du « j’aime, j’aime pas ». Les titres de ses recueils d’articles publiés en Amérique soulignent d’ailleurs les rapports entre la pratique pulsionnelle de son métier et l’activité sexuelle : I Lost It at the Movies, Kiss Kiss Bang Bang, Going Steady, Deeper into Films, Hooked. Elle a inauguré une forme d’écriture qui allait faire florès, celle du critique comme superstar qui attire davantage l’attention sur lui-même que sur l’objet de son étude. Et les blogs, bien sûr, n’ont fait que développer le caractère inflationniste de l’égomanie. Les jurys eux-mêmes, dans les grands festivals, préfèrent désormais étonner par leurs choix singuliers plutôt que de saluer les réussites indéniables, comme Cannes l’a montré ces dernières années en ignorant No Country for Old Men, Three Times, Zodiac, Les Herbes folles, Mystic River, Bright Star, Étreintes brisées, Vincere, Another Year, entre autres. Les cinéastes eux aussi se montrent de plus en plus enclins à filmer leur nombril, les bandes réalisées par un téléphone portable les rapprochant davantage encore de la partie préférée de leur anatomie.

Ces réflexions, un brin désabusées, accompagnent ce numéro de Positif qui met en vedette Au-delà de Clint Eastwood, dont tout laisse penser qu’il souffrira, comme quelques-uns de ses derniers films, grands succès publics (L’Échange, Invictus), du désamour d’une certaine critique, lassée de devoir louanger le même réalisateur. Ainsi le plus populaire de nos magazines de cinéma, parmi les myriades d’étoiles qu’il distribue généreusement chaque mois, n’en accorde qu’une à l’auteur d’Impitoyable mais en attribue davantage aux films récents de nos ex-confrères Marc Esposito (Mon pote) et Thierry Jousse (Je suis un no man’s land), au point de nous amener à nous demander si Eastwood, au lieu de faire ses classes chez Sergio Leone et Don Siegel, n’aurait pas dû se former dans les rédactions parisiennes. Or Au-delà, fresque ample, sombre et lyrique comme L’Échange ou Mystic River, réfute précisément, par son intérêt pour l’intime et le collectif, cette tendance au narcissisme si présente aujourd’hui. Que la leçon vienne d’un metteur en scène qui est aussi comédien n’en est que plus instructive.

Michel Ciment


P.-S. Si Narcisse n’est plus un sujet pour les créateurs contemporains (ceux-ci se substituant à lui), il le fut souvent pour ceux du passé, comme le montre la brillante étude de Denis Knopfler La Patrie de Narcisse (Éditions Odile Jacob).

Michel Ciment

POSITIF 599 | Janvier 2011

SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Clint Eastwood


Au-delà

Une question de vie ou de mort

Jean-Dominique Nuttens


Entretien avec Clint Eastwood

Il faut d’abord croire en soi-même

Michael Henry


Tel qu’en lui-même enfin ?

Clint Eastwood face à ses biographes

Pascal Binétruy


Philip Seymour Hoffman


Rendez-vous l’été prochain

Personnification d’un point de vue

Pierre Eisenreich


Entretien avec Philip Seymour Hoffman

Le métier de metteur en scène est tourné vers autrui

Yann Tobin


Les films


The Green Hornet

de Michel Gondry

Nicolas Bauche


Somewhere

de Sofia Coppola

Eithne O’Neill


Un balcon sur la mer

de Nicole Garcia

Jean A. Gili


Propriété interdite

d’Hélène Angel

Nicolas Bauche


Incendies

de Denis Villeneuve

Eithne O’Neill


La Barra

d’Oscar Ruiz Navia

Dominique Martinez


Sound of Noise

d’Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson

Éric Derobert


Destination Himalaya

de Jeon Soo-il

Hubert Niogret


Le quattro volte

de Michelangelo Frammartino

Jean A. Gili


Arrietty, le petit monde des chapardeurs

de Hiromasa Yunebayashi

Hubert Niogret


Notes sur les films de A à Z


Abel, À bout portant, Burlesque, Ce n’est qu’un début, Cheminots, Come l’ombra, Date limite, Faites le mur !, Fortapàsc, Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1, Holiday, Indigène d’Eurasie, Même la pluie, Nowhere Boy, Octubre, Poupoupidou, Le Président, Raiponce, RED, Scott Pilgrim, Stretch, La Tête ailleurs, Les Trois Prochains Jours, We Are Four Lions, Women Are Heroes



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Souvenir de danse

Gene Kelly


Bloc-notes


Novembre en cinéma

Il sera fatalement question de cinéma italien

Jean A. Gili


Chantier de réflexion


Le film, découvreur des merveilles de la vie de tous les jours

Vincent Amiel


David Lynch


Actualité de David Lynch

Philippe Rouyer


Hommage


Dino De Laurentiis 1919-2010

Le dernier tycoon

Jean A. Gili


Carla Del Poggio 1925-2010

La puissance et la grâce

Geoffroy Caillet


Exposition


Souvenirs de France,

un livre et une exposition

Alain Masson


Musiques de films libres et prisonnières

“Lénine, Staline et la musique”

Pierre Berthomieu


Notes festivalières


Pordenone 2010, Lumière 2010

BFI London Film Festival


Notes de lecture


Le Cinéma de Jia Zhangke. No future (made) in China ;

Le Cinéma surpris par les arts ;

La Fabrique du cinéma ;

Marilyn Monroe : Fragments. Poèmes, écrits intimes, lettres ;

Roman Polanski. Rosemary’s Baby



Notre sélection DVD


La Chasse du comte Zaroff

Robert Kramer


Les maîtres italiens


Fatih Akin

Le Garçon aux cheveux verts et La Chose d’un autre monde


CINÉMA RETROUVÉ


The Swimmer

de Frank Perry

Grégory Valens


Taking Off

de Milos Forman

Pascal Binétruy

Retrouvez en kiosque

le numéro hors-série : Portfolio,

80 cinéastes vus par Positif & Nicolas Guérin

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