POSITIF
POSITIF
REVUE MENSUELLE DE CINÉMA
DOSSIER
Arthur Penn, cinéma, théâtre, télévision
Entretien avec Arthur Penn
Le langage et l’image
Christian Viviani
Hauts et bas d’une carrière en dents de scie
Jean-Pierre Coursodon
La démocratie des chimères
Le western selon Arthur Penn
Michel Cieutat
Arthur Penn, l’Actors Studio et la Méthode
Christophe Damour
Georgia
La résolution de toutes les dissonances
Fabien Baumann
Miracle en Alabama
Le péché originel
Eithne O’Neill
ÉDITORIAL
Se tromper (ou pas)
En France, Arthur Penn connut d’emblée un vif succès critique. Dès Le Gaucher (1958) et Miracle en Alabama (1962), des études fleurissent dans Positif, Cinéma, Télérama ou Image & Son. Après le succès de Bonnie & Clyde (1968), la louange devient générale. Ou presque… Alors que les Cahiers du cinéma avaient été la première revue française à s’entretenir avec Penn (n° 140, février 1963), un revirement abrupt se produit. Bonnie & Clyde ? « L’époque des roaring twenties est simple et roublard prétexte au déchaînement d’une violence aussi aseptisée que rentable, qui flatte doublement le public en se basant sur la convention la plus usée tout en se parant du masque de toutes les fausses audaces. Par ailleurs, le réalisateur méprise ses personnages qu’il traite comme des demeurés », hurle Michel Delahaye (Cahiers n° 199, mars 1968). Alice’s Restaurant (1969) ? « Quelques élans irréalistes dévoyés en épanchements sentimentaux rappelant le pire Fellini, […] un symbolisme débile, une esthétique de la titubation et du borborygme », vomit Bernard Eisenschitz (Cahiers n° 219, avril 1970).
Des années plus tard, tandis que notre revue célèbre en ces pages l’auteur de Little Big Man (décédé en septembre 2010), il serait de tradition, tentant et toujours savoureux d’affirmer une millième fois que Positif eut bien sûr raison, et les Cahiers comme d’habitude tort. Eh bien, Michel Ciment me pardonnera mais je ne le ferai pas ! À quoi sert la critique ? Dans Tous critiques ?, le documentaire diffusé sur CinéCinéma Club pour les cinquante ans de la semaine cannoise du même nom, Jean-Jacques Bernard et Julien Sauvadon posent la question de la pertinence de la fonction à l’heure du blog souverain et des « étoiles du public » d’Allociné, davantage suivies par les spectateurs qu’un éloge dans L’Express ou Sud-Ouest. Dans un récent Télérama (« Faut-il brûler les critiques ? », 30 mars 2011), Pierre Murat déplore la portion de plus en plus congrue laissée à l’exercice dans la presse, mais rappelle son rôle de « pistage » : « Prenez Ingmar Bergman. Qui va voir ses films, au départ ? Une poignée de cinglés et quelques rats de cinémathèque. Et puis les revues s’en mêlent : Positif, les Cahiers du cinéma, Arts… Huit ans plus tard, Persona est presque un succès. » Il ne faut donc pas brûler les critiques, écrit Murat, « même s’il leur arrive de se tromper ».
Pourtant je ne pense pas que Nicolas Bauche, dans sa critique (p. 7) du nouveau film des frères Dardenne (Le Gamin au vélo), ou Yann Tobin dans celle d’Une séparation du cinéaste iranien Asghar Farhadi (p. 15) prennent un quelconque risque de « se tromper ». Non parce qu’ils ont la science infuse, mais parce que la critique n’a pas pour fonction d’avoir tort ou raison, non plus d’ailleurs que d’envoyer des milliers de spectateurs aux caisses des cinémas. Nous ne travaillons pas pour les distributeurs, nous n’enseignons pas ici l’histoire de septième art. Nous écrivons pour nos lecteurs et c’est notre seule légitimité morale et économique. De quoi leur parlons-nous ? Certes un peu de Penn, de Bergman, des frères Dardenne ou d’Asghar Farhadi, mais surtout… de nous : de ce que nous avons ressenti, éprouvé, pensé, compris lors d’une expérience vécue, celle de la projection (voir le « chantier de réflexion » d’Élise Domenach sur la critique américaine, p. 51). Comment dès lors « se tromper » ?
Delahaye et Eisenschitz dans les Cahiers du cinéma de jadis, Bauche ou Tobin dans ce numéro de Positif n’ont donc pas tort ou raison. Ils nous disent quels hommes ils sont.
Fabien Baumann
POSITIF 604 | JUIN 2011
SOMMAIRE
L’ACTUALITÉ
Luc et Jean-Pierre Dardenne
Le Gamin au vélo
La coiffeuse et l’enfant
Nicolas Bauche
Entretien avec Luc et Jean-Pierre Dardenne
Une histoire qu’on n’avait jamais racontée
Philippe Rouyer et Yann Tobin
Asghar Farhadi
Une séparation
Magistrale réussite
Yann Tobin
Entretien avec Asghar Farhadi
Mes personnages sont égaux devant la caméra
Michel Ciment
Asghar Farhadi
Scènes de crise en Iran
Yannick Lemarié
Les films
Ni à vendre ni à louer
de Pascal Rabaté
Ariane Allard
Gigante
d’Adrián Biniez
Dominique Martinez
Le Chat du rabbin
de Joann Sfar et Antoine Delesvaux
Bernard Génin
Acqua in bocca
de Pascale Thirode
Olivier Curchod
Notes sur les films de A à Z
L’Affaire Rachel Singer, All That I Love, L’amour a ses raisons…, Beginners, Belleville Tokyo, Blue Valentine, Le Chaperon rouge, De l’eau pour les éléphants, Fissures, Gianni et les femmes, Gorbaciof, L’Homme d’à côté, Insidious, Limitless, London Boulevard, Mainline, Medianeras, Moi, Michel G., milliardaire, maître du monde, Monsieur Papa, Les Nuits rouges du bourreau de jade, Plastic Planet, Play a Song for Me, Pourquoi tu pleures ?, Le Premier Rasta, Prud’hommes, Rendez-vous avec un ange, Scream 4, Sibérie Monamour, Source Code, Un baiser papillon
PRÉSENCES
DU CINÉMA
Voix off
Sur quatre films de Francesco Rosi
Salvatore Giuliano, Main basse sur la ville, L’Affaire Mattei, Lucky Luciano
Alberto Moravia
Bloc-notes
Avril en cinéma
Tableaux vivants
Eithne O’Neill
Chantier de réflexion
Honneur à la critique américaine !
Subjective, subversive, sensationnelle, cinglante
Élise Domenach
Cinéma suisse
Actualité du cinéma suisse
Quand les petits-enfants s’éveillent
Pascal Binétruy
Ritwik Ghatak
Ritwik Ghatak et la Séparation
Hubert Niogret
Hommage
Sidney Lumet 1924-2011
Jamais à bout de course
Yann Tobin
Jean-Louis Leutrat 1941-2011
Vincent Amiel
Exposition
Stanley Kubrick, printemps-été 2011
Philippe Rouyer
Notes festivalières
Istanbul 2011
Toulouse, cinémas d’Amérique latine
Notes de lecture
Hollywood moderne. Le temps des voyants ;
L’Écran éblouissant : Voyages en cinéphilie (1958-2010) ;
Max et Danielle. Les années Darrieux de Max Ophuls ;
Philosophie des salles obscures
Notre sélection DVD
The American d’Anton Corbijn
Werner Schroeter
Theo Angelopoulos
Dura Lex de Lev Koulechov
Cinéma nord-coréen
CINÉMA RETROUVÉ
Michel Soutter,
cinéaste de la modernité
Yannick Lemarié
Deep End
de Jerzy Skolimowski
Adrien Gombeaud
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