POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

Claude Chabrol


Terence Malick

The Tree of Life


Kim Jee-Woon

J'ai rencontré le Diable


89 films à Cannes


Theo Angelopoulos

par Petros Markaris


Le Style Postmoderne



ÉDITORIAL

Du plan média à la résistance critique


Nos lecteurs ne liront donc que dans ce numéro les deux beaux textes de Marc Cerisuelo et Philippe Fraisse sur The Tree of Life, soit deux mois après sa sortie en salles et sa présentation concomitante au festival de Cannes. Certes les comptes-rendus dans Positif sont rarement écrits dans l’instant (le temps de la réflexion…), mais ce retard dommageable mérite explication. Nous aurions pu en effet le publier dans notre numéro de juin (nos délais le permettaient) si Fox Searchlight et Europacorps les distributeurs américains et français du film de Malick avaient daigné inviter des rédacteurs de notre revue, une dizaine de jours avant la présentation officielle du film sur la Croisette, à une projection de presse en compagnie d’une quinzaine de journalistes triés sur le volet. Peur d’une réaction négative de notre part (on ne sait jamais…) qui aurait pu provoquer des mauvaises vibrations ? Ce serait un bel hommage du vice à la vertu et à notre farouche indépendance. Mais nous penchons pour une autre interprétation : la recension n’aurait pu de toute façon paraître qu’après la sortie du film et donc la priver de tout caractère promotionnel. Ajoutons à cela le modeste tirage de notre revue. Sans nous prendre pour le Vatican (ce serait à Positif une hérésie !) n’oublions pas la remarque cynique de Staline au pape « Combien de divisions ? ». En fin de compte, dans cette affaire, ce sont nos lecteurs qui sont pénalisés et nous mêmes par conséquent. Nous entretenons de trop bons rapports avec nombre de producteurs et distributeurs qui soutiennent et apprécient notre travail de fond pour nous livrer à des généralisations. On peut observer néanmoins que les plans média entravent de plus en plus le fonctionnement d’une revue comme la nôtre. Passe encore, pour des films médiocres, les promoteurs tablent sur la lâche complaisance d’une certaine presse ; mais lorsqu’il s’agit d’un cinéaste auquel nous avons consacré plus de pages qu’aucune revue au monde et une de nos couvertures dès son premier film, La Balade sauvage, et qui nous a accordé un des trois entretiens auxquels  il ait jamais consentis, on peut légitimement en ressentir une certaine amertume.
Cela ne fait que conforter notre volonté d’une résistance critique face au nivellement et à la confusion des valeurs imposées par les tables de cotation qui pullulent dans la presse, au dédain du petit écran pour les films autres qu’américains et français et au poids de la publicité et des sorties massives. Car s’il y a un plan média, il y a aussi de la part des médias un plan lecteurs. Lorsque nous avons choisi pour nos couvertures de mai et juin Midnight in Paris et Une séparation, deux des meilleurs films de la saison, nous pouvions craindre que d’autres publications aient la même idée. Il n’en fut rien comme souvent dans le passé, la stratégie de vente ne coïncidant pas avec la valeur des films. C’est ce qui me fait réagir à notre dernier éditorial. Mon talentueux collègue Fabien Baumann – Se tromper (ou pas) – y affirmait que « la critique n’a pas pour fonction d’avoir tort ou raison » et que « nous parlons à nos lecteurs un peu de Penn, de Bergman, des frères Dardenne ou d’Asghar Farhadi mais surtout– de nous ». Il me semble pourtant que parmi les qualités du critique il y a celle du jugement et de l’évaluation. Même un critique d’art aussi considérable que Baudelaire a pu ignorer Manet et porter aux nues son contemporain Constantin Guys. Ce que l’on peut considérer à juste titre comme une erreur d’appréciation. Lorsque dans les années 1950 Truffaut dans Arts ou Tailleur dans Les Lettres nouvelles prenaient fait et cause pour un certain nombre de cinéastes, le temps leur a donné raison face à des ilotes qui ne comprenaient rien à la mise en scène. Lorsque Jean-Jacques Gautier dans le Figaro (à la différence de Jacques Lemarchand) brocardait à la même époque Beckett, Ionesco, Adamov et Audiberti il se trompait et peu me chaud si ses chroniques me disaient « quel homme il était ». Ce serait sinon disculper les incompétents et de retomber dans cette culture du narcissisme, un des fléaux de notre époque que je fustigeais dans mon éditorial de janvier. Non, nous devons parler à nos lecteurs beaucoup de Chabrol et de Malick, mais bien sûr aussi un peu de nous.
De même cher Fabien (mais tu pratiques dans tes critiques le contraire de ce que tu avances) c’est mal me connaître que de me faire affirmer « une millième fois que Positif eût bien sûr raison et les Cahiers comme d’habitude tort ». Pour avoir moqué les virages à 180 degrés, le langage abscons des années 1970, le copinage et les impasses théoriques et idéologiques de nos confrères, j’ai toujours pensé que nous menions le même combat cinéphilique. Il serait même aisé de prouver que si on établissait une liste des réalisateurs défendus par l’une ou l’autre revue (et souvent les deux réunies) depuis soixante ans, on se trouverait en face de tout ce qui a vraiment compté dans le cinéma mondial pendant cette période. Et j’espère ne pas me tromper…

Michel Ciment

POSITIF 605-606 | JUILLET - AOÛT 2011

SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Cannes 2011, 64e édition

Michel Ciment


Les 89 films de Cannes

Ariane Allard, Michel Cieutat, Michel Ciment, Lorenzo Codelli, Matthieu Darras, Olivier De Bruyn, Élise Domenach, Fabien Gaffez, Philippe Niel, Hubert Niogret, Eithne O’Neill, Philippe Rouyer, Vincent Thabourey, Yann Tobin


Terrence Malick

The Tree of Life

Exubérance, c’est beauté

Philippe Fraisse


The Tree of Life

Rendre le mystère explicite

Marc Cerisuelo


Kim Jee-Won

J’ai rencontré le Diable

Inferno

Lorenzo Codelli


Ce dont je suis certain, c’est de ne pas faire
des films tièdes

Entretien avec Kim Jee-woon

Adrien Gombeaud


Les films


Pater

d’Alain Cavalier

Michel Cieutat


Voyez comme ils dansent

de Claude Miller

Franck Garbarz


Chico & Rita

de Fernando Trueba, Javier Mariscal et Tono Errando

Hubert Niogret


Lourdes

de Jessica Hausner

Dominique Martinez


The Murderer

de Na Jong-jin

Hubert Niogret


Notes sur les films de A à Z


Balada triste ; Les Bien-Aimés ; Brighton Rock ; Le Complexe du castor ; La Conquête ; La Dernière Piste ; Le Dilemme ; En ville ; L’Épée et la Rose ; Escalade ; Impardonnables ; Infiltration ; Killing Bono ; Léa ; Mafrouza ; Maudite Pluie ! ; Le Moine ; La mujer sin piano ; My Little Princess ; Noir Océan ; Omar m’a tuer ; Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence ; Rêves volés ; Senna ; Stone ; La Traque ; The Trip ; Un amour de jeunesse ; Une vie tranquille ; Very Bad Trip 2 ; X-Men : le commencement



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Le scénario, un roman « de convention »

Petros Markaris


Bloc-notes


Mai en cinéma

Subjectif, injuste, narcissique et onaniste

Nicolas Bauche


Chantier de réflexion


Des nouvelles du style postmoderne

Laurent Jullier


Notes de lecture


Le Vagabond d’un nouveau monde; Monte Hellman, Sympathy for the Devil; Où suis-je dans cette histoire ?


Notre sélection DVD


La Forêt interdite de Nicholas Ray

Collection Western Légende

Krzysztof Kieslowski, premiers plans





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