POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

La grande crise à l'écran


Pierre Schœller

L'Exercice de l'État


Steven Soderbergh

Contagion


Nuri Bilge Ceylan

Il était une fois en Anatolie



Venise 68e Mostra

Antonioni, propos inédits

Retour sur The Tree of Life



 

 

 

ÉDITORIAL

Redistribuer les cartes

Mildred Pierce (5 h 32) de Todd Haynes, que Yann Tobin analyse dans notre dossier sur la crise, fut l’un des événements de la Mostra de Venise, comme fit sensation à Cannes, l’an dernier, Carlos d’Olivier Assayas. Chaque fois hors compétition, ces deux séries trouvèrent ainsi droit de cité dans les deux festivals de cinéma les plus prestigieux. Kate Winslet, une star de cinéma et non une vedette du petit écran, recevait récemment un Emmy (équivalent des Oscars pour la télévision) pour son rôle dans Mildred Pierce, incarnée jadis par Joan Crawford dans le film de Michael Curtiz (1945). Elle déclarait au JDD (18 septembre) : « La télé est devenue plus rentable que le cinéma. Les plus grands réalisateurs y viennent, tout comme les acteurs. Parce qu’elle est aussi plus audacieuse. Les mélos comme Mildred Pierce n’intéressent plus Hollywood, le public ne veut plus que des comédies ou des films de super-héros. Le petit écran devient un espace de liberté inespérée. » De David Lynch (Twin Peaks) à Scorsese (Boardwalk Empire) et Gus Van Sant (Boss), des cinéastes majeurs dirigent des séries (Jane Campion en achève une en Australie), tandis que les plus grands comédiens n’hésitent pas à y apparaître : Donald Sutherland (Dirty Sexy Money), Meryl Streep et Al Pacino (Angels in America), Gabriel Byrne (En analyse), Glenn Close (Damages), en attendant Jeremy Irons (The Borgias) ou Dustin Hoffman et Nick Nolte (Luck de Michael Mann). Seules quelques superstars comme Johnny Depp, Brad Pitt et Angelica Jolie n’ont pas encore franchi le pas.
Notre dossier de septembre prenait acte de ce phénomène qui redonne de l’éclat à l’art de raconter et au plaisir du romanesque. Ces vertus sont dédaignées par une certaine tendance de la critique française, qui fustige le classicisme sur le grand écran mais se réfugie dans les plaisirs coupables que lui dispensent les séries télévisées. L’épuisement narratif dont témoignaient, dans la compétition vénitienne, les derniers films de Philippe Garrel (Un été brûlant) ou d’Abel Ferrara (4:44 Last Day on Earth), encensés par cette même critique qui a souvent vilipendé les mérites du scénario, contrastait avec la vitalité d’une saga comme Mildred Pierce. Les contraintes temporelles du film de long métrage ne permettent pas de rendre justice aux adaptations de classiques littéraires. En revenant au long roman de James Cain, Todd Haynes, grâce à la durée, peut en restituer l’épaisseur narrative. Nul doute que Kubrick aurait pu, grâce à ce format, donner toute l’ampleur à son projet sur Napoléon.
Cette nouvelle donne souligne ce qu’il peut y avoir de fallacieux dans la distinction entre films de cinéma et téléfilms. Combien de films remarquables réalisés pour la télévision sont ainsi exclus des Histoires du cinéma ! Lorsqu’un distributeur décide de sortir en salle My Beautiful Laundrette, remarqué dans un festival, il permet à l’oeuvre de Stephen Frears de figurer dans sa filmographie, dont sont exclus nombre de titres qui ne connaîtront (comme ceux de Mike Leigh ou de Ken Loach) qu’une programmation sur le petit écran. Scènes de la vie conjugale et Sarabande de Bergman, Berlin Alexanderplatz de Fassbinder, Les Clowns de Fellini, le Décalogue de Kieslowski, Path to War de Frankenheimer, oeuvres majeures de grands metteurs en scène et conçues pour la télévision, ne se distinguent pas de leurs réalisations pour le cinéma. Si tant est qu’un véritable créateur, si on lui donne les moyens nécessaires en temps de tournage et en argent, témoigne d’une ambition artistique égale à celle dont il fait preuve dans ses films de cinéma.
C’est donc une redistribution des cartes que permet l’attention dorénavant portée par la critique et le public à ces nouvelles formes de production, et cela rend dérisoire le refus de la profession de voir Carlos figurer dans la compétition cannoise. La France, il est vrai, est dans ce domaine en retard sur les États-Unis, et l’on attend que les meilleurs de nos réalisateurs et de nos comédiens s’investissent avec des budgets conséquents dans des projets ambitieux. Cela nous consolerait des entreprises aussi vaines que les deux adaptations médiocres de La Guerre des boutons, tout comme The Wire ou Les Soprano sont un antidote à la flopée de remakes et de sequels dont Hollywood nous inonde.

Michel Ciment

POSITIF 609 | NOVEMBRE 2011

SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Steven Soderbergh


Contagion

L’hygiène de la catastrophe

Nicolas Bauche


Entretien avec Steven Soderbergh

Le sujet cinématographique par excellence

Michael Henry


Pierre Schœller


L’Exercice de l’État

Le ministère de l’arrière monde

Pierre Eisenreich


Entretien avec Pierre Schœller

J’ai fait un thriller, pas un traité politique

Dominique Martinez et Yann Tobin


Nuri Bilge Ceylan


Il était une fois en Anatolie

Cherchez la femme

Élise Domenach


Entretien avec Nuri Bilge Ceylan

Je ne veux pas dire plus que ce que le film montre

Michel Ciment et Yann Tobin


Venise 2011


Venise, 68e Mostra

Jean-Loup Bourget, Michel Ciment, Lorenzo Codelli, Adrien Gombeaud


Les films


Les Marches du pouvoir

de George Clooney

Grégory Valens


Le Stratège

de Bennett Miller

Adrien Gombeaud


Poulet aux prunes

de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

Eithne O’Neill


Octobre à Paris

de Jacques Panijel

Ici, on noie les Algériens

de Yasmina Adi

Éric Derobert


Toutes nos envies

de Philippe Lioret

Franck Garbarz


Les Neiges du Kilimandjaro

de Robert Guédiguian

Ariane Allard


L’Ordre et la Morale

de Mathieu Kassovitz

Philippe Rouyer



Notes sur les films de A à Z


Agnus Dei, À la une du « New York Times », Another Earth, Apollonide, souvenirs de la maison close, L’Art d’aimer, Bonsái, Le Cochon de Gaza, Colombiana,
La Couleur des sentiments, Curling, Dream House,
El Bulli, Europolis, La Femme du Vème, Les Géants, La Grammaire intérieure, La Guerre des boutons et La Nouvelle Guerre des boutons, Identité secrète, Jeanne captive, Kinshasa Symphony, Love and Bruises, Mineurs 27, Noces éphémères, La Pluie et le Beau Temps, Pure, Qu’ils reposent en révolte,
The Thing, Les Trois Mousquetaires, Le Vilain Petit Canard, Warrior



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Autoportrait posthume

Michelangelo Antonioni


Bloc-notes


Septembre en cinéma

Des sorties, des excuses et des rapports

Hubert Niogret


Chantier de réflexion


Renaissance américaine

Larry Dewaële


Notes festivalières


Bologne : il cinema ritrovato
Locarno 2011


Notes de lecture


Akira Kurosawa : Master of Cinema et Le Cinéma d’Akira Kurosawa ; Le Dictionnaire Eustache ;
Le Mélodrame : la tentation des larmes ;
Vrai et Faux. Blasphème et bon sens à l’usage de l’acteur


Notre sélection DVD


Anthony Mann
Breakfast at Tiffany’s
La Chevauchée de la vengeance
Le Discours d’un roi
Flux Film Anthology
Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse et la mandarine



DOSSIER

La Grande Crise à l’écran


Croissance, crash, crise, créances…

Joël Augros


La Crise indirectement

Cinq genres en quête d’un détournement

Michel Cieutat


Lumières de la crise

Lorenzo Codelli


Frank Capra

ou la crise en filigrane

Christian Viviani


Leurs plus belles années

Les cinéastes du Nouvel Hollywood face à la crise des années 80

Pascal Binétruy


Crise, crime et amour

Eithne O’Neill


L’art de la crise

ou d’une Mildred Pierce à l’autre

Yann Tobin


Organiser sa rédemption

Vraie et fausse crise du trader

Pierre Eisenreich


Retrouvez en kiosque

le numéro hors-série : Les grands entretiens, décennies 70 & 80

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