POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

Londres au cinéma


Steve McQueen

Shame


Béla Tarr

Le Cheval de Turin


Jean-François Laguionie

Le Tableau



Kazan, une lutte à mort pour la vie

Arthur Penn par Jonathan Demme




 

 

 

ÉDITORIAL

Rule Britannia !

Une exposition au Louvre, « Le musée Monde », due à Jean-Marie Le Clézio, et un spectacle à Aubervilliers, Calacas du Théâtre équestre Zingaro, accueillent magnifiquement d’autres cultures, sans hiérarchie – alors que la hiérarchie s’impose à l’oeil critique mais à l’intérieur de chaque culture. Le Prix Nobel de littérature, à la suite de Malraux mais surtout de Breton, fait se côtoyer des sculptures congolaises, des tableaux de Haïti ou des pagnes du Soudan, tandis que Bartabas (après s’être inspiré de la civilisation japonaise, tibétaine ou d’Asie centrale) porte son regard sur le Mexique, les gravures de Posada et la fête des Morts.
Comment ne pas être sensible, dans notre revue, à cette capacité d’ouverture ? Sans doute parce qu’à son origine des membres du groupe surréaliste (Ado Kyrou, Gérard Legrand, Robert Benayoun, Georges Goldfayn, mais aussi Petr Kral du groupe tchèque ou Paulo Antonio Paranagua du brésilien) ont contribué à faire d’elle une publication internationale. Le mois dernier, le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan côtoyait Soderbergh. Un Hongrois, Béla Tarr, préside, avec Steve Mc­Queen, au corps de ce numéro, tout comme Jean-François Laguionie avec un film d’animation, cet art encore marginalisé (combien de critiques de cinéma « généralistes » fréquentent le festival d’Annecy ?). Conjointement, le festival d’Amiens célèbre, au côté de Joe Dante, les chefs opérateurs mexicains, le cinéma gabonais et l’Iranien Mohammad Rasoulof, tandis que celui des Trois Continents à Nantes honore le Mexicain Arturo Ripstein et l’Indien Mani Kaul. Mais ne nous y trompons pas. Ouvrez la télévision (un cas désespéré), consultez les magazines populaires de cinéma et la presse écrite quotidienne ou hebdomadaire (excepté quelques titres) : vous y constaterez la présence écrasante du cinéma américain et de notre cinéma national. Si quelques rares revues et les festivals (y compris les plus grands, Cannes, Venise, Berlin) maintiennent ce goût de la découverte et de la diversité, ils ne fonctionnent que comme leurre. Et la situation est encore bien plus inquiétante à l’étranger, tant le nationalisme se conjugue avec la domination de l’empire américain.
C’est pourtant le cinéma anglais qui sera la note dominante de la présente livraison avec, en couverture, Shame de Steve McQueen, et l’éloge d’un metteur en scène qui fait partie des grandes révélations de ces dernières années. Avec aussi un dossier sur Londres qui permet d’évoquer, à travers le portrait d’une grande métropole, les étapes prestigieuses du cinéma d’outre-Manche, des documentaires en temps de guerre aux grands contemporains, en passant par les comédies Ealing ou le Swinging London des années 60. Néanmoins, l’importance du cinéma britannique n’est toujours pas acquise pour une certaine tendance de la critique française. Le poids du conservatisme cher à notre pays fait que les oukases anciens de Truffaut (« cinéma anglais, deux termes antinomiques ») et de Godard dans ses Histoire(s) du cinéma (« les Anglais n’ont jamais rien su faire avec leur cinéma »), dus peut-être à ce que deux de leurs plus faibles films (Fahrenheit 451 et One Plus One) aient été réalisés sur les bords de la Tamise, continuent de faire florès auprès de certains. Ainsi Serge Kaganski dans Les Inrockuptibles (28 septembre), éreintant We Need to Talk About Kevin, déclarait, tout en concédant quelques bons films à nos amis britons : « Force est d’admettre que la vieille formule polémique de Truffaut reprend de la perti­nence. » Ces préjugés tenaces, malgré Jennings, Powell, Reed, Lean, Fisher, Hamer, Mackendrick, Reisz, Boorman, Lester, Loach, Frears, Leigh, Greenaway, Terence Davies, Alan Clarke et tant d’autres, nous consternent, venant d’un hebdomadaire qui maintient certaines exigences pour le cinéma. L’Angleterre, parangon des pays colonisateurs, traité comme un colonisé attardé, voilà un beau paradoxe.
Steve McQueen contribue à la lutte contre ce cliché. Et il nous plaît aussi qu’il n’en soit qu’à son deuxième film. Comme Lynne Ramsay (notre couverture d’octobre pour son troisième opus), Pierre Schoeller, en vedette le mois dernier pour son second (L’Exercice de l’État), et le mois prochain Jeff Nichols (Take Shelter, notre avant-première de décembre et notre couverture de janvier, deuxième film), il témoigne du renouvellement de la création cinématographique auquel nous rendons hommage.

Michel Ciment

POSITIF 610 | DÉCEMBRE 2011

SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Béla Tarr


Le Cheval de Turin

L’animal que donc je suis

Damien Marguet


Entretien avec Béla Tarr

L’homme de Budapest

Kristian Feigelson


Steve McQueen


Shame

Métro, boulot, porno

Philippe Rouyer


Entretien avec Steve McQueen

Le mouvement et le rituel

Michel Ciment


Jean-François Laguionie


Le Tableau

Chacun voit le monde à sa façon

Eithne O’Neill


Entretien avec Jean-François Laguionie

Mon travail, c’est de “faire du cinéma” bien avant que du dessin

Bernard Génin


Les films


Carnage

de Roman Polanski

Jean-Dominique Nuttens


Le Havre

d’Aki Kaurismäki

Pascal Binétruy


Oki’s Movie

de Hong Sangsoo

Nicolas Bauche


Des vents contraires

de Jalil Lespert

Élise Domenach


Khodorkovski

de Cyril Tuschi

Pierre Eisenreich



Notes sur les films de A à Z


Americano, Another Silence, Après le Sud, Augustine, Les Aventures de Tintin, le secret de la Licorne, The Ballad of Genesis and Lady Jaye, Balle perdue, Black Blood, Le Casse de Central Park, La Délicatesse, Footnote, Hara-Kiri, mort d’un samouraï, Honk, Les Immortels, Intouchables, Jig, Killer Elite, The Lady, Les Lyonnais, Michael, Mon pire cauchemar, Nos ancêtres les Gauloises, Oh My God !, Or noir, Les Petites Voix, Les Révoltés de l’île du diable, 7, 8, 9 Boniface, La Source des femmes, Time out, Tous au Larzac, Un monstre à Paris, Zones d’ombre



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Rencontres avec Arthur Penn

Jonathan Demme


Bloc-notes


Octobre en cinéma

Of time and the city

Jean-Christophe Ferrari


Chantier de réflexion


Kazan, une lutte à mort pour la vie

Dominique Memmi


Notes festivalières


Annecy 2011, cinéma italien
Cinéma du réel 2011
Douarnenez 2011
Donostia-San Sebastián


Notes de lecture


Face to Face with Angels : Images in Medieval Art and in Film ;
Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte ;
The Other Hollywood, Histoires du cinéma X
et Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques


Notre sélection DVD


Destination Mars
Les Maîtres italiens
Ma soeur, mon amour
La Grande Aventure et L’Arc et la Flûte
The Savage Eye
Vintage Classics




LE CINÉMA

RETROUVÉ


Albert Capellani

Le cinéaste de deux continents

Hubert Niogret


Les documentaires de Shôhei Imamura

L’histoire du Japon racontée par un singulier géographe

Benjamin Thomas


Lionel Rogosin

La caméra comme arme de combat

Jean-Pierre Berthomé


The Terrorizers

d’Edward Yang

Adrien Gombeaud


Le Départ et Travail au noir

Poétique de la survie

Jean-Christophe Ferrari


Vacances à Paris

de Blake Edwards

Marc Cerisuelo


Axel Corti

Trilogie des fractures

Yannick Lemarié




DOSSIER

Londres au cinéma


Londres au XIXe siècle

La Cité des deux nations

Michel Cieutat


Le village ambigu

Le Londres des studios Ealing

Jean-François Baillon


Cahier des charges,

ou l’étranger à Londres dans les années 60

Oscar Duboÿ


Londres et l’écran contemporain

Ça ne vous mine pas d’habiter le ghetto ?

Eithne O’Neill


Flâner dans Londres avec Charlot

Lorenzo Codelli


Londres brûle-t-il ?

WW2, Humphrey Jennings et les autres

Philippe Pilard


Note de lecture
Humphrey Jennings

Le poète du cinéma britannique

Eithne O’Neill


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le numéro hors-série : Les grands entretiens, décennies 70 & 80

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