POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

Cinéma et opéra


Julie Delpy

2 Days in New York


Ursula Meier

L'Enfant d'en haut



Revoir Minnelli

Tarkovski, cinéaste de la consolation

Emmanuel Carrère, critique, romancier, cinéaste

Antonioni par István Gaál

La 62e Berlinale




ÉDITORIAL

Le Romanèsque du cinéma

Deux femmes se partagent la vedette de nos pages d’actualité, et ce ne sont pas ou pas seulement des actrices. Deux metteurs en scène féminins, cela eût constitué un événement voilà trente ans, une invraisemblance il y a quarante ans, et un poisson d’avril quand cette revue voyait le jour. Aujourd’hui cela n’appelle qu’une mise en garde. On ne se demandera pas sans prudence s’il existe un cinéma féminin, au sens où quelques-uns ont parlé d’une écriture féminine ; ils furent bien déçus en apprenant que Louise Labé n’était sans doute qu’un groupe d’hommes. Or l’appareil cinématographique et les conditions matérielles ou financières du tournage, ainsi que le travail d’équipe qu’il exige, sont encore moins aptes à tolérer des traces du corps individuel des cinéastes que l’usage de la langue ne reçoit celui des écrivains. Il arrive à des romancières d’écrire en narrateur et à des romanciers en narratrice. Pareils déguisements sont inconcevables à l’écran. Il n’empêche que des sensibilités féminines peuvent s’y manifester. Mais ce sera toujours le coeur d’une femme particulière, qu’on n’a nulle raison de considérer comme échantillon d’une féminité essentielle.
Boileau méprisait les romans, qu’il jugeait bien faits pour les dames, c’est-à-dire pour des illettrées sentimentales. Madeleine de Scudéry se cachait derrière son frère pour publier Clélie. Balzac rêvera encore de charmantes lectrices. Le corps du délit tient au romanesque, cette indifférence des romans à la bassesse, à la faiblesse humaines, ce style rêveur, ce refus du démenti qu’apportent les réalités aux illusions, et qui est le signe même de la réalité. Avec Rabelais, Cervantès, Flaubert, les romanciers se sont employés à expurger le roman du romanesque, en le ridiculisant, en le désavouant. En ont-ils triomphé ? Il lui reste du moins le cinéma. Des films sont romanesques, Hollywood l’est presque toujours, mais surtout le cinéma reprend le rôle social du romanesque : celui d’un consentement partagé à l’invraisemblance, considérée comme nécessaire, édifiante, encourageante, stimulante. Prestige de l’image idéalisée. Cela a commencé par l’emploi des vedettes comme signes : les héros littéraires échappaient à la prose en ressemblant à Gregory Peck ou à Brigitte Bardot. Désormais la vie de Wanda, telle que l’a vue et vécue Barbara Loden, inspire toute l’entreprise de la narratrice dans Supplément à la vie de Barbara Loden de Nathalie Léger ; après Robert Bresson, Jean-Luc Godard, devient un personnage de roman grâce à Anne Wiazemsky. Alice Ferney faisait de Chaînes conjugales de Mankiewicz l’horizon romanesque de son Amour conjugal, rôle comparable à celui que tenait Amadis dans Don Quichotte. Tanguy Viel avait fait du Limier l’objet de Cinéma.
On peut s’interroger sur la signification littéraire de cette nouveauté. On ne peut éviter de constater qu’elle met en cause une certaine idée du cinéma, celle qui lui attribuait, purement et simplement, une vocation au réalisme nu, la mission d’éveiller les lucidités, de troubler les bonnes consciences. Ce n’est pas qu’il en soit incapable. Mais il laisse dans nos mémoires un éblouissement ou rien, une image mieux définie et plus convaincante que d’autres ou le ressentiment d’un élève injustement retenu en punition.
Cela explique sans doute notre intérêt sans nostalgie pour le passé de l’art, pour la présence de ce passé, sa persistance changeante. Cela justifie aussi qu’on examine le cas d’un des nôtres devenu romancier, Emmanuel Carrère.

Alain Masson

POSITIF 614 | AVRIL 2012

SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Ursula Meier


L’Enfant d’en haut

Au-dessus de l’abîme

Eithne O’Neill


Entretien avec Ursula Meier

En territoire inconnu

Ariane Allard et Dominique Martinez


Julie Delpy


2 Days in New York

L’amour c’est gai, l’amour c’est triste

Jean-Loup Bourget


Entretien avec Julie Delpy

Capter des moments de vie

Franck Garbarz et Grégory Valens


Berlin 2012


62e Berlinale

Pierre Eisenreich et Eithne O’Neill



Les films


Twixt

de Francis Ford Coppola

Adrien Gombeaud


Le Policier

de Nadav Lapid

Matthieu Darras


Pour lui

d’Andreas Dresen

Jean-Dominique Nuttens


Bi, n’aie pas peur !

de Phan Dang Di

Fabien Gaffez


La Conspiration

de Robert Redford

Michel Cieutat



Notes sur les films de A à Z


À l’ombre de la République, À moi seule, Au pays du sang et du miel, Aurora, Bellflower, La Dame en noir, Dos au mur, Félins, Le Fils de l’autre, Hasta la vista, In purgatorio, I Wish (nos voeux secrets), Marieke, Le Marin masqué, Nana, Nouveau Départ, La Nuit nomade, Perfect Sense, Possessions, Sécurité rapprochée, Target, La Terre outragée, 30 Beats, Torpédo, La vida útil, La Vie d’une autre, Vol spécial, Water, le pouvoir secret de l’eau, Young Adult



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Antonioni, le dramaturge de l’incertitude

István Gaál


Bloc-notes


Février en cinéma

Bientôt fini

Fabien Baumann


Chantier de réflexion


Emmanuel Carrère

L’horreur et le mal

Paul Renard


Hommage


Vittorio De Seta 1923-2011

Regarder le monde

Jean A. Gili


Ben Gazzara 1930-2012

Acteur créateur

Michel Cieutat


Pierre Gamet 1944-2012

Le colosse foudroyé

Hubert Niogret



Notes festivalières


Amiens 2011
Arras Film Festival
Festival du cinéma allemand
Thessalonique 2011
Tokyo International Film Festival


Notes de lecture


Jayne Mansfield 1967 ;
Bertrand Tavernier. Le cinéma dans le sang ;
La vie est un choix ;
Biographies de peintres à l’écran ;
Cinéma et Peinture ;
Stanley Cavell, le cinéma et le septicisme


Notre sélection DVD


Cagliostro ;
La Charge de la brigade légère ;
Drive ;
Le Gamin au vélo ;
Le Sel de la terre ;
Six films méconnus (1932-1961)


LE CINÉMA

RETROUVÉ


Tarkovski,

cinéaste de la consolation
Yannick Lemarié


Revoir Minnelli

Marc Cerisuelo


Selling Democracy

Les films du plan Marshall

Eithne O’Neill




DOSSIER

Cinéma et opéra, Allers-retours


Filme-moi un opéra

Yann Tobin


Du bon usage possible de l’opéra au cinéma

Michel Sineux


Entretien avec Ruggero Raimondi

De l’opéra au cinéma

Yann Tobin


Le cercle complet

Benoit Jacquot


L’opéra par l’image

Édouard Brane


Les voix de l’ombre

Floreal Peleato


Suite lyrique

Jean-Christophe Ferrari


Scénographie et gestuelle opératiques

chez Luchino Visconti

Christian Viviani


Opéra et cinéma,

nouveaux alliages

Arlette Mille


Entretien avec Krzysztof Warlikowski

L’influence du cinéma dans mes mises en scène d’opéra

Yann Tobin


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