Les 5 étapes du deuil sont le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Ce modèle a été décrit en 1969 par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, d’abord à propos de malades en phase terminale, puis appliqué aux personnes qui perdent un proche. Il sert de repère pour mettre des mots sur des émotions confuses, sans dessiner un parcours obligatoire : les étapes peuvent se mélanger, revenir ou ne jamais apparaître, et la durée varie fortement d’une personne à l’autre. Si vous traversez une perte en ce moment, ce guide vous aide à situer ce que vous ressentez, sans vous imposer de cadre.
- Les cinq étapes : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation.
- Origine : Elisabeth Kübler-Ross, livre On Death and Dying paru en 1969.
- Ordre : indicatif seulement, les allers-retours entre étapes sont fréquents.
- Durée : aucune norme fixe, l’intensité s’atténue le plus souvent sur plusieurs mois à quelques années.
Sommaire
ToggleCe que recouvre le deuil, avant même de parler des cinq étapes
Le deuil désigne la réaction affective qui suit la perte d’une personne ou de quelque chose d’important. On pense d’abord à la mort d’un proche, mais un mécanisme voisin se met en route après une rupture amoureuse, un licenciement, l’annonce d’une maladie grave ou un changement de vie subi. Ce n’est pas une maladie : c’est un processus normal, par lequel le psychisme apprend peu à peu à vivre avec l’absence.
Les spécialistes parlent de « travail du deuil », une expression qui remonte à Freud et à son texte Deuil et mélancolie, écrit en 1917. Le mot travail est juste : il s’agit d’un effort intérieur, souvent épuisant, qui réclame du temps. Sa forme dépend de la personnalité, de l’histoire de chacun, du lien avec la personne disparue et des circonstances. Une mort brutale provoque en général un choc plus violent qu’un décès précédé d’une longue maladie. Dans ce second cas, une partie du chemin a parfois commencé avant la perte, ce que l’on appelle le deuil anticipé : la préannonce d’une mauvaise nouvelle laisse au cerveau le temps de se préparer.
Les séparations sentimentales suivent souvent un trajet comparable, avec leurs propres nuances, que nous détaillons dans notre article sur Les phases de la rupture chez l’homme.
Elisabeth Kübler-Ross et l’origine du modèle des 5 étapes du deuil
Elisabeth Kübler-Ross, née en Suisse en 1926 et morte aux États-Unis en 2004, est une psychiatre formée à Zurich puis installée outre-Atlantique. Dans les années 1960, à Chicago, elle mène des entretiens avec des patients atteints d’une maladie mortelle, à une époque où la fin de vie reste un sujet tabou à l’hôpital. Elle remarque que l’annonce d’un diagnostic fatal déclenche une succession d’émotions assez récurrentes d’un malade à l’autre.
Elle publie ces observations en 1969 dans On Death and Dying, traduit en français sous le titre Les derniers instants de la vie. L’ouvrage s’adresse d’abord aux soignants et plaide pour une écoute plus humaine des malades en phase terminale, un thème que l’infirmière québécoise Margot Phaneuf a ensuite largement développé dans ses travaux sur la relation soignant-soigné.
La transposition aux personnes endeuillées est venue plus tard. En 2005, Kübler-Ross et David Kessler cosignent On Grief and Grieving, publié en français sous le titre Sur le chagrin et le deuil, qui applique explicitement les cinq étapes à la perte d’un être cher. Les deux auteurs y précisent que ces étapes ne forment ni des paliers clairement distincts ni une liste à cocher.
Les 5 étapes du deuil expliquées une par une
Voici chaque étape telle que la décrit le modèle, avec des exemples de ce qu’elle peut produire dans la vie de tous les jours. Gardez en tête qu’il s’agit de tendances observées, pas d’un programme.
Le déni, quand la perte paraît impossible
Premier mouvement après l’annonce, le déni consiste à refuser, consciemment ou non, d’admettre ce qui vient d’arriver. « Ce n’est pas possible », « il va rentrer » : ces pensées ne relèvent pas de la folie. Le cerveau met une distance avec une réalité trop violente pour être absorbée d’un coup. Beaucoup de personnes décrivent un état de sidération, une sensation d’irréalité, parfois une froideur apparente qui étonne l’entourage pendant les obsèques. Ce choc protège, le temps que les ressources psychiques se mobilisent.
La colère et la recherche d’un responsable
Quand la réalité s’impose, la douleur cherche souvent une cible : les médecins, un membre de la famille, le hasard, soi-même, voire la personne disparue (« pourquoi m’a-t-il laissée ? »). Cette recherche d’un coupable est une tentative de donner du sens à ce qui n’en a pas. Elle surprend et culpabilise, surtout lorsqu’elle vise le défunt. Elle reste une émotion légitime, tant qu’elle ne se transforme pas en violence contre soi ou contre les autres.
Le marchandage, ou la tentation de réécrire l’histoire
Le marchandage prend la forme de négociations intérieures : « si j’avais appelé plus tôt », « si seulement on avait consulté un autre spécialiste ». Chez les malades étudiés par Kübler-Ross, il s’agissait souvent de promesses faites pour gagner du temps. Chez la personne endeuillée, il se traduit plutôt par des scénarios rejoués en boucle, une manière de minimiser la réalité ou de reprendre un peu de contrôle. Ce stade s’accompagne fréquemment de culpabilité.
La dépression, une phase d’abattement et de retrait
Vient ensuite, dans la version linéaire du modèle, une période d’abattement. L’absence devient concrète, au fil des habitudes qui n’ont plus lieu d’être et des pièces devenues silencieuses. Tristesse profonde, fatigue, perte d’intérêt, envie de s’isoler : cette phase est souvent la plus longue et la plus lourde.
Le mot dépression ne désigne pas ici une maladie psychiatrique, mais un chagrin intense, attendu après une perte. La frontière entre les deux mérite toutefois d’être surveillée, nous y revenons plus bas.
L’acceptation, intégrer la perte sans l’oublier
L’acceptation ne veut pas dire que tout va bien ni que la douleur a disparu. Elle correspond au moment où la réalité de la perte est intégrée : on sait que la personne ne reviendra pas, et l’on recommence à investir le présent, à faire des projets, à éprouver du plaisir sans honte. Kübler-Ross associait ce stade à une forme de résolution du deuil. Le lien avec le disparu ne s’efface pas, il devient un souvenir que l’on peut porter.
| Étape | Émotion dominante | Ce que l’on peut vivre au quotidien |
|---|---|---|
| Déni | Incrédulité, sidération | Composer son numéro par réflexe, mettre son couvert à table, ne pas réussir à pleurer |
| Colère | Révolte, sentiment d’injustice | Irritabilité avec l’entourage, reproches aux soignants, tensions familiales |
| Marchandage | Regrets, culpabilité | Repasser les derniers jours en boucle, chercher l’erreur qui aurait tout changé |
| Dépression | Abattement, vide | Difficulté à se lever, repli, perte d’appétit, larmes imprévisibles |
| Acceptation | Apaisement relatif | Trier les affaires du défunt, reprendre une activité, évoquer la personne avec tendresse |
Pourquoi les étapes du deuil ne suivent pas toujours le même ordre
Dans la culture populaire, les cinq étapes sont souvent représentées par une courbe du deuil : une descente du choc vers le point bas de l’abattement, puis une remontée vers l’acceptation. Ce schéma est pratique, mais il trompe sur un point essentiel. La plupart des endeuillés ne vivent pas leur chagrin comme une ligne droite.
Le vécu réel ressemble davantage à une oscillation. On peut sauter une étape, en traverser deux à la fois, se sentir apaisé un mardi puis replonger dans la colère le samedi suivant devant une photo. Une date anniversaire, une chanson ou une odeur suffisent à rouvrir une émotion que l’on croyait dépassée. Ces retours en arrière ne signalent pas un échec : ils font partie du processus.
Plusieurs facteurs expliquent qu’aucun deuil ne ressemble à un autre :
- la nature du lien : perdre un conjoint, un parent, un enfant, un ami ou un collègue ne bouleverse pas la vie de la même façon ;
- les circonstances : une mort attendue, brutale, violente ou inexpliquée ;
- l’histoire personnelle : des pertes antérieures restées douloureuses peuvent se réactiver ;
- le soutien disponible : l’isolement alourdit presque toujours le chemin ;
- la culture et les croyances : rituels, foi ou philosophie de vie offrent des appuis différents.
Combien de temps dure un deuil ? Des repères plutôt qu’un calendrier
Il n’existe pas de durée normale du deuil, et personne ne peut fixer une date à laquelle il faudrait aller mieux. Quelques repères reviennent pourtant dans les témoignages et chez les professionnels. Les premiers jours et les premières semaines sont souvent dominés par le choc et l’organisation des obsèques. La douleur la plus vive survient fréquemment plus tard, parfois vers 8 à 10 mois, quand l’entourage a repris le cours de sa vie et que la solitude se fait sentir. La première année, jalonnée de premières fois (premier Noël, premier anniversaire sans la personne), reste une épreuve pour beaucoup.
Au-delà, nombre de personnes décrivent un allègement progressif, sans que le chagrin disparaisse tout à fait. Après la mort d’un enfant, un suicide ou un décès traumatique, le cheminement s’étend plus souvent sur plusieurs années. Les classifications médicales parlent de trouble du deuil prolongé lorsqu’une détresse intense et invalidante persiste au moins 6 mois après la perte selon la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé, ou 12 mois chez l’adulte selon le DSM-5-TR américain. Ces seuils servent au diagnostic des professionnels, pas à mesurer la valeur de votre peine.
Le modèle des cinq étapes du deuil, un repère discuté par la recherche
Le succès du modèle tient à sa simplicité, qui fait aussi sa faiblesse. Des chercheurs en psychologie ont rapidement souligné l’absence de preuves solides d’une séquence universelle. Une étude américaine publiée en 2007 dans la revue JAMA, menée auprès de plus de deux cents personnes endeuillées, a par exemple observé que l’acceptation était présente dès les premiers mois, et que le sentiment dominant était le manque de la personne disparue plutôt que le déni ou la colère. Les résultats scientifiques sur la validité du modèle restent donc contrastés.
La critique principale porte sur sa rigidité. Lu de façon systématique, le schéma peut faire culpabiliser : « je n’ai jamais été en colère, est-ce que je refoule ? ». Il peut aussi conduire certains proches ou soignants à juger qu’une personne est en retard sur un programme qui n’existe pas. D’autres approches ont été proposées pour décrire le deuil avec plus de souplesse :
- les temporalités de Christophe Fauré : ce psychiatre français décrit un temps de choc et de sidération, un temps de fuite et de recherche (on guette la personne, on la cherche dans la foule), un temps de déstructuration, souvent le plus douloureux, puis un temps de restructuration ;
- le modèle du double processus : proposé à la fin des années 1990 par les psychologues Margaret Stroebe et Henk Schut, il montre que l’endeuillé alterne entre des moments tournés vers la perte et des moments tournés vers la reconstruction, cette alternance étant elle-même saine.
Ces modèles ne rendent pas celui de Kübler-Ross inutile. Il garde une vraie valeur pédagogique : nommer la colère ou la culpabilité aide souvent à les accueillir. Un modèle peut éclairer une expérience sans prétendre l’enfermer.
Les réactions physiques, psychologiques et sociales du deuil
Le deuil ne se vit pas seulement dans la tête. Il touche le corps, la pensée et la place que l’on occupe parmi les autres :
- sur le plan physique : fatigue intense, troubles du sommeil, appétit coupé ou au contraire augmenté, gorge serrée, oppression dans la poitrine, douleurs musculaires, baisse de forme générale ;
- sur le plan psychologique : difficultés de concentration, oublis, ruminations, anxiété, culpabilité, impression fugace d’entendre ou d’apercevoir le défunt, une expérience fréquente et non pathologique ;
- sur le plan social : repli, sentiment d’être incompris, tensions familiales, difficulté à reprendre le travail ou à supporter les conversations légères.
Mettre un nom précis sur la zone qui fait mal aide à en parler à un médecin ; notre liste Partie du corp en E peut servir d’aide-mémoire pour les épaules, l’estomac ou l’échine, souvent crispés dans les semaines qui suivent une perte. Si les symptômes physiques persistent ou s’aggravent, une consultation permet d’écarter un autre problème de santé.
Traverser les étapes du deuil au quotidien : des appuis concrets
Aucune méthode ne fait disparaître le chagrin, mais certaines habitudes aident à le traverser sans s’épuiser. La première consiste à s’autoriser à ressentir : pleurer, parler du défunt, écrire une lettre qu’on n’enverra pas. Retenir ses émotions pour paraître fort coûte souvent plus d’énergie qu’il n’y paraît.
Le corps a aussi besoin de repères simples : des horaires de sommeil réguliers, des repas même légers, un peu de mouvement. Une Marche quotidienne de vingt à trente minutes, seul ou accompagné, aère l’esprit et améliore souvent la qualité du sommeil. Lorsque les tensions s’accumulent le soir, la Relaxation musculaire progressive, qui consiste à contracter puis relâcher chaque groupe de muscles, aide à apaiser le corps avant le coucher.
- dire clairement à l’entourage ce dont vous avez besoin, compagnie, silence ou aide matérielle ;
- reporter si possible les grandes décisions, comme vendre un logement ou changer de travail, pendant les premiers mois ;
- créer un rituel de souvenir personnel : une bougie, un album, un lieu où se recueillir ;
- accepter les jours sans, sans y voir un retour à la case départ.
Certaines personnes se tournent aussi vers des approches complémentaires, comme la Leethérapie, dont nous présentons le déroulé des séances et les bienfaits recherchés. Ces démarches peuvent apporter du mieux-être, sans remplacer un suivi médical ou psychologique lorsque la souffrance devient trop lourde.
Deuil compliqué : les signes qui invitent à se faire accompagner
La plupart des deuils, même très douloureux, finissent par s’apaiser sans traitement spécifique. Selon plusieurs études, environ une personne endeuillée sur dix développe pourtant un deuil prolongé ou compliqué, qui mérite une aide professionnelle. Certains signaux doivent alerter, surtout lorsqu’ils durent :
- des idées de mort ou l’envie de rejoindre la personne disparue ;
- une incapacité persistante à assurer les gestes du quotidien, à travailler ou à s’occuper de ses enfants ;
- une culpabilité envahissante ou une colère qui ne faiblit pas ;
- un recours croissant à l’alcool, aux somnifères ou à d’autres substances ;
- l’évitement total de tout ce qui rappelle le défunt, ou à l’inverse une vie entièrement organisée autour de lui.
Certaines situations exposent davantage à ce risque : la perte d’un enfant, le deuil périnatal, le décès par suicide, une mort violente ou accidentelle, plusieurs pertes rapprochées, l’isolement. Le médecin traitant est un premier interlocuteur utile, qui peut orienter vers un psychologue ou un psychiatre. Des associations d’accompagnement du deuil proposent aussi des groupes de parole, précieux pour se sentir moins seul. En cas de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 heures sur 24 ; en cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
+Faut-il passer par toutes les étapes pour faire son deuil ?
Non. Le modèle décrit des réactions fréquentes, pas un passage obligé. Certaines personnes ne ressentent jamais de colère, d’autres ne se reconnaissent pas dans le marchandage. Un deuil peut évoluer vers l’apaisement sans avoir suivi chacune des cinq étapes, et ce n’est pas le signe d’un chagrin bloqué ou insuffisant.
+Existe-t-il une sixième étape du deuil ?
David Kessler, coauteur avec Elisabeth Kübler-Ross, a proposé en 2019 d’ajouter la recherche de sens. Après l’acceptation, il s’agit de trouver une façon d’honorer la personne disparue : un engagement associatif, une transmission, un projet qui prolonge ce qu’elle a apporté. Cette sixième étape reste une proposition, pas une norme.
+Les étapes du deuil concernent-elles aussi une rupture ou une perte d’emploi ?
Oui, de nombreux accompagnants utilisent la même grille pour une séparation, un licenciement, une maladie chronique ou un départ à l’étranger. L’intensité et la durée diffèrent d’un décès, mais on y retrouve souvent l’incrédulité, la révolte, les regrets puis une reconstruction progressive.
+Comment soutenir un proche qui traverse les étapes du deuil ?
Être présent compte davantage que trouver les bons mots. Proposez une aide concrète (repas, démarches, garde des enfants), acceptez d’entendre la colère ou les larmes sans chercher à les corriger et évitez les phrases qui pressent, comme il faut tourner la page. Pensez aussi à prendre des nouvelles après quelques mois, quand les visites se raréfient.
+L’acceptation veut-elle dire que l’on a tourné la page ?
Pas du tout. Accepter, c’est reconnaître que la perte est réelle et définitive, tout en gardant un lien intérieur avec la personne. Le manque peut resurgir des années plus tard, à l’occasion d’un mariage ou d’une naissance, sans remettre en cause le chemin parcouru.
+Un enfant vit-il les étapes du deuil comme un adulte ?
Son chagrin s’exprime autrement : il peut jouer normalement une heure après avoir pleuré, poser des questions très directes ou revivre la perte à chaque nouvel âge. Lui dire la vérité avec des mots simples, le rassurer sur le fait qu’il n’est pas responsable et maintenir ses routines l’aide beaucoup. Un pédiatre ou un psychologue pour enfants peut être consulté en cas de doute.